Port-au-Prince, le mercredi 11 mars 2026—
En marge de l’investiture du président d’extrême droite José Antonio Kast au Chili, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a publié deux communiqués d’autosatisfaction : l’un sur sa “rencontre chaleureuse” avec la communauté haïtienne, l’autre sur sa coopération renforcée avec l’OEA. Pendant ce temps, des milliers de compatriotes vivent dans la terreur d’une expulsion massive annoncée par le nouveau pouvoir chilien.
Des promesses qui sonnent creux
Le communiqué de la Primature décrit une “rencontre conviviale et constructive” où le Chef du gouvernement a “réaffirmé sa détermination” à rétablir la sécurité en Haïti et annoncé des mesures pour faciliter l’obtention du casier judiciaire. La ministre Raina Forbin a, elle, encouragé “l’organisation des communautés” et rappelé que les consulats sont “au service des compatriotes”.
Mais aucun de ces deux communiqués ne mentionne la menace explicite qui pèse sur les Haïtiens en situation irrégulière au Chili. Pourtant, le président Kast a clairement averti : les étrangers concernés doivent quitter le pays de leur propre gré avant son arrivée au pouvoir, sous peine d’expulsion.
Le documentaire qui dérange
Paradoxalement, c’est un cinéaste, Arnold Antonin, qui a attiré l’attention sur cette situation lors de la première de son film “Haïti-Chili choc et rencontre”, présenté le 21 février à Pétionville. Son documentaire expose pourtant une réalité positive : l’intégration réussie de milliers d’Haïtiens qui participent activement à l’économie locale, créent des emplois et enrichissent le patrimoine culturel chilien.
Mais Antonin tire aussi la sonnette d’alarme : les migrants en situation irrégulière sont confrontés à une menace d’expulsion brandie par Kast. Il exhorte les autorités haïtiennes à porter assistance à leurs ressortissants en difficulté et insiste sur la nécessité d’un encadrement structuré des communautés migrantes.
L’absence criante
Force est de constater que l’appel du cinéaste est resté lettre morte. Aucune déclaration publique du Premier ministre ou de la ministre des Affaires étrangères ne fait écho à cette urgence. Aucune mesure concrète n’est annoncée pour protéger les compatriotes menacés d’expulsion.
Pendant que le gouvernement publie des communiqués lénifiants sur sa “coopération avec l’OEA” et ses “priorités majeures”, des milliers d’Haïtiens au Chili attendent une protection que l’État haïtien semble incapable de leur offrir. La ministre Forbin parle de “diaspora structurée” et de “droits à défendre”, mais quels droits quand le couperet de l’expulsion est déjà annoncé ?
Un silence assourdissant
Le contraste est saisissant entre les déclarations officielles et la réalité documentée par Arnold Antonin. D’un côté, un Premier ministre qui promet à la diaspora de pouvoir “revenir au pays pour des vacances paisibles”. De l’autre, des compatriotes qui risquent d’être expulsés d’un pays où ils ont construit leur vie, contribué à l’économie et enrichi la culture.
Le gouvernement haïtien semble avoir choisi l’autosatisfaction plutôt que la protection de ses ressortissants. Pendant que Kast prépare les expulsions, Port-au-Prince parle de casier judiciaire. Pendant que des familles tremblent, la ministre encourage l’organisation communautaire.
Une fois de plus, la diaspora haïtienne apprend à ses dépens que les belles paroles gouvernementales ne valent pas grand-chose face aux menaces réelles. Et pendant ce temps, le Chili d’extrême droite, lui, agit.

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