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Par Jean Wesley Pierre

Le 18 mai, jour du drapeau, est censé être un moment d’unité, de mémoire et de fierté nationale. Mais en 2025, c’est une autre réalité qui s’impose : celle d’un pays en crise, d’un peuple à bout, et d’un pouvoir de transition qui reproduit, sans gêne, les dérives qu’il prétendait combattre.

Le décaissement de 400 millions de gourdes par le gouvernement pour financer les festivités de la fête du drapeau au Cap-Haïtien est une gifle infligée à une nation meurtrie. Une insulte à chaque policier en uniforme déchiré, à chaque soldat en caserne désaffectée, à chaque citoyen barricadé chez lui par peur des gangs. Cette somme, équivalente à plusieurs mois de budget opérationnel pour la Police nationale d’Haïti (PNH) ou les Forces armées d’Haïti (FAD’H), est partie en décorations, per diem, hôtels, banderoles, fanfares… pendant que les forces de l’ordre manquent d’armes, de véhicules, de carburant, de protection, et surtout, de reconnaissance.

Le plus choquant n’est pas uniquement le chiffre. C’est la mémoire courte ou sélective de ceux qui aujourd’hui orchestrent ces dépenses. Fritz Alphonse Jean, actuel président du Conseil présidentiel de transition (CPT), avait, en mai 2023, fortement critiqué l’ancien gouvernement diriger par le premier ministre Dr Ariel Henry pour avoir décaissé 90 millions de gourdes à l’occasion de cette même fête. À l’époque, il dénonçait une « instrumentalisation politique » et un « gaspillage indécent » de l’argent public. Deux ans plus tard, c’est quatre fois plus qui est déboursé sous son autorité, dans un contexte national encore plus critique.

Comment expliquer ce double discours ? Où est passée la rigueur morale du citoyen engagé qu’il était ? Le drapeau serait-il devenu, pour lui aussi, un simple décor pour masquer l’échec d’un pouvoir sans boussole ? Cette volte-face illustre à quel point la mauvaise foi politique et l’opportunisme rongent le leadership haïtien, de transition en transition.

Pendant ce temps, la PNH tente tant bien que mal de contenir l’avancée des groupes armés. Les zones de non-droit se multiplient. Des commissariats ferment, des agents tombent chaque semaine, abandonnés par l’État. La FAD’H, censée participer à la restauration de l’ordre, reste symbolique, sans moyens, ni feuille de route claire. Tout cela alors que 400 millions de gourdes auraient pu :

▪︎Financer l’achat de véhicules blindés ou de drones de surveillance ;

▪︎Réhabiliter des postes de police et casernes ;

▪︎Payer les salaires et primes en retard ;

▪︎Former des recrues dans des conditions décentes ;

▪︎Équiper les forces de sécurité en matériel moderne.

En choisissant de prioriser les célébrations au détriment de la sécurité nationale, le gouvernement actuel envoie un message clair : le symbole prime sur le concret, l’image sur l’action, la mise en scène sur la réforme réelle. Mais le peuple, lui, ne vit pas de slogans, ni de fanfares. Il vit — ou tente de survivre — dans un pays devenu champ de guerre.

La fonction du pouvoir est de répondre aux urgences vitales, pas de produire des spectacles patriotiques sans lendemain. Si la transition n’apporte pas une rupture claire avec les logiques anciennes, elle échouera, elle aussi, à poser les bases d’un nouveau contrat social.

Le drapeau ne mérite pas d’être souillé par les mêmes calculs politiciens qui ont détruit la République. Le drapeau mérite mieux. Haïti mérite mieux.

Catégories : Atualités

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