Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, 12 mai 2025
Le sang d’un entrepreneur respecté vient une fois de plus souiller le sol d’Haïti, dans l’indifférence glaciale des autorités. Toto Élie Joseph, homme d’affaires influent, a été froidement abattu ce lundi 12 mai 2025 à l’intérieur même de la cour de la SHODECOSA, en pleine zone industrielle de Port-au-Prince, sous les yeux impuissants de plusieurs employés. Une scène d’horreur qui incarne la faillite de l’État haïtien à garantir la sécurité de ses citoyens, même ceux qui, comme Joseph, participent activement à l’économie du pays.
Selon des témoignages recueillis sur place, Joseph aurait tenté de fuir une tentative d’enlèvement, percutant un mur dans sa course désespérée. Ses agresseurs, apparemment bien équipés et circulant à bord d’un véhicule blindé, sont descendus et l’ont criblé de balles sans la moindre opposition. Tout cela, à proximité immédiate de Gigi Dépôt, un espace commercial très fréquenté, situé dans une zone supposément sécurisée.
Cet assassinat ne peut être relégué à la simple rubrique des faits divers. Il s’agit d’un symptôme avancé d’un effondrement systémique : effondrement des institutions régaliennes, impuissance de la Police nationale, désertion du leadership politique, paralysie de la justice. La criminalité, aujourd’hui, n’est plus un défi pour l’État haïtien : elle est devenue sa remplaçante de facto.
Où sont les forces de l’ordre ? Où sont les dispositifs de sécurité industrielle ? Où sont les autorités ?
Le silence assourdissant des responsables sécuritaires et gouvernementaux, à l’heure où nous écrivons ces lignes, n’est pas simplement une omission ; il est un aveu de capitulation. Ce crime s’est produit dans une zone stratégique pour l’économie haïtienne, celle qui abrite une bonne partie de ce qu’il reste de notre tissu productif. Si même les entrepreneurs, moteurs économiques d’un pays déjà exsangue, sont abattus sans scrupule à la lumière du jour, que reste-t-il de l’autorité de l’État ?
Toto Élie Joseph, comme tant d’autres victimes avant lui, a été abandonné par un système incapable de répondre à ses responsabilités minimales. Chaque acte de violence impunie affaiblit un peu plus le climat des affaires, accélère la fuite des capitaux et des cerveaux, et laisse le champ libre aux groupes armés qui, désormais, imposent leur loi dans des pans entiers du territoire.
Combien d’investisseurs devront encore fuir ou tomber sous les balles avant qu’un sursaut national ne se produise ?
Combien de familles devront encore pleurer un proche assassiné pour qu’enfin l’État haïtien redevienne un acteur de sa propre souveraineté ?
Haïti n’a pas seulement besoin de réformes. Elle a besoin d’un réveil radical, d’un repositionnement stratégique, d’une refondation de ses institutions sécuritaires et judiciaires. En l’absence de cela, chaque zone industrielle deviendra une zone rouge, chaque investisseur potentiel un futur otage ou cadavre.
L’assassinat de Toto Élie Joseph est un cri d’alarme. À l’État de répondre – ou d’assumer les conséquences historiques de son inaction.

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