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Par Jean Wesley Pierre

Dajabón, République dominicaine. Un acte odieux vient une fois de plus dévoiler le vrai visage d’un État dominicain engagé dans une entreprise constante de déshumanisation des Haïtiens. Cette fois, ce sont des enfants, des mineurs haïtiens sans papiers qui ont été sauvagement expulsés du parc Franco Bidó à Dajabón, par ordre du maire Santiago Riverón. Le Conseil National pour l’Enfance et l’Adolescence (Conani), institution pourtant dominicaine, a dénoncé ces expulsions comme une violation flagrante des protocoles de protection des enfants en situation de mobilité et de la loi 136-03 sur les droits des mineurs.

Ce geste honteux, loin d’être un accident isolé, s’inscrit dans une politique plus large de racisme d’État à l’encontre des Haïtiens. Dans les rues, à la frontière, dans les centres de détention, même dans les écoles, les Haïtiens y compris ceux dont les documents sont parfaitement en règle sont traqués, humiliés, renvoyés avec violence, souvent sans explication ni procédure. Une politique systémique d’exclusion, nourrie par des siècles d’hostilité raciale, de révisionnisme historique et de xénophobie étatisée.

Les actions du maire de Dajabón violent de manière flagrante la Convention relative aux droits de l’enfant, la Convention de 1951 sur les réfugiés, les Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques. Mais au-delà des textes, c’est l’humanité elle-même qui est ici bafouée.

Expulser des enfants sans défense, parfois séparés de leurs familles, parfois maltraités, c’est franchir un seuil d’indignité qui devrait provoquer un tollé international. Et pourtant, le silence règne, ou presque. La communauté internationale reste timorée. Pire, Haïti elle-même reste amorphe.

Combien de temps encore allons-nous tolérer que l’État haïtien se limite à des communiqués sans consistance, à des notes diplomatiques sans fermeté, à des protestations creuses sans suite ? Le silence, l’inaction, l’absence de stratégie diplomatique cohérente équivalent à une complicité tacite.

Il est temps de changer de paradigme. Haïti ne peut plus continuer à courber l’échine, à attendre des faveurs d’un voisin qui ne cesse de lui cracher au visage. Il faut mettre fin à cette diplomatie de soumission, de résignation, et de dépendance. L’État haïtien doit adopter une posture de fermeté, de dignité, et d’action stratégique :

● Porter plainte officiellement devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme contre la République dominicaine.

● Mobiliser la diaspora haïtienne pour des campagnes de pression diplomatique, médiatique et économique.

● Rompre temporairement les canaux bilatéraux non productifs, tant que les droits des citoyens haïtiens ne sont pas respectés.

● Exiger des mécanismes de protection internationaux pour les migrants haïtiens, en partenariat avec l’OEA, l’ONU, l’UNICEF et d’autres institutions.

● Renforcer le consulat haïtien en République dominicaine avec du personnel compétent, formé en droit migratoire et en gestion de crise.

Nous ne pouvons pas, en tant que peuple noir, accepter éternellement cette logique coloniale inversée où l’agresseur dicte la loi et la victime se tait. La dignité de nos enfants, la mémoire de nos ancêtres et l’avenir de notre nation exigent un réveil. Ce qui se passe aujourd’hui à Dajabón est un miroir tendu à l’Haïti contemporaine : affaiblie, abandonnée, mais encore capable de se lever.

En tant que militant noiriste et nationaliste haïtien, je le dis avec force : le temps de la reddition est terminé. Il nous faut une diplomatie de rupture, une posture de fierté, une politique étrangère articulée autour de la souveraineté, du respect et de la protection inconditionnelle des Haïtiens, qu’ils soient en Haïti, en République dominicaine ou ailleurs.

Il en va de notre existence.

Catégories : Atualités

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