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Par la rédaction de Lawouze Infos

À la Primature, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a réuni des organisations communautaires de base pour parler de sécurité, d’autorité de l’État et d’élections ce mardi 30 décembre 2025. Une rencontre de plus, un communiqué de plus, et toujours la même mise en scène : des mots fermes, des promesses solennelles, mais un État qui demeure dramatiquement absent là où il prétend régner.

Car pendant que le chef du gouvernement rappelle que l’État est « le seul détenteur légitime de la force publique », ce sont les gangs qui contrôlent les routes, les quartiers, les ports informels et parfois même le rythme de la vie quotidienne. Cette affirmation d’autorité sonne moins comme une réalité que comme un aveu d’impuissance. On proclame la souveraineté quand on n’a plus les moyens de l’exercer.

Parler d’impunité intolérable dans un pays où les criminels notoires circulent librement, négocient, s’arment et s’enrichissent relève presque de l’insulte à l’intelligence collective. L’impunité n’est pas une dérive marginale en Haïti : elle est devenue un mode de gouvernance, un pilier silencieux du système politique. La dénoncer sans la combattre concrètement revient à l’institutionnaliser davantage.

Quant aux organisations communautaires de base, elles servent une fois de plus de décor démocratique. On les convoque, on les écoute, on les photographie, mais on ne leur donne ni pouvoir réel, ni moyens, ni protection. Elles vivent et travaillent dans les zones que l’État a abandonnées, tout en étant sommées de croire au retour imminent de cet État fantôme.

Le plus cynique reste l’invocation des élections de 2026. Comment organiser des élections dans un pays où des millions de citoyens sont déplacés, terrorisés ou exclus de fait du processus politique ? Comment parler de démocratie quand la priorité réelle devrait être la survie, la sécurité et la restauration minimale de la confiance publique ? L’élection devient ici un slogan, un horizon commode pour masquer l’absence de stratégie.

Le gouvernement affirme agir dans le cadre de l’Accord du 3 avril 2024, mais cet accord ressemble de plus en plus à un alibi politique plutôt qu’à une boussole. La transition, censée être exceptionnelle et salvatrice, s’enlise dans l’autojustification, pendant que le pays s’enfonce dans le chaos ordinaire.

En réalité, ce prétendu dialogue national révèle surtout une vérité brutale : l’État haïtien parle beaucoup parce qu’il n’agit plus. Il proclame son autorité parce qu’elle est contestée partout. Il invoque la souveraineté parce qu’elle est vidée de sa substance. Tant que les discours remplaceront l’action, et que la communication tiendra lieu de politique publique, Haïti restera gouvernée par des communiqués, pendant que la rue, elle, obéira aux armes.

Ce n’est pas l’autorité qui manque de mots.
C’est l’État qui manque de courage, de cohérence et de volonté réelle.


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