Lawouze Info

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Par la rédaction de Lawouze Infos

Port-au-Prince, le 31 décembre 2025 — En saluant le festival « Limyè ak Lapè » du Théâtre national d’Haïti, la Présidence de la République met en avant la culture comme espace d’espoir, de cohésion sociale et de renouveau collectif. Un discours consensuel, valorisant et symboliquement fort. Mais derrière cette rhétorique apaisante, une question persiste : quelle portée réelle peut avoir ce message culturel dans un pays plongé dans une crise sociale, sécuritaire et institutionnelle sans précédent ?

Depuis plusieurs années, Haïti vit au rythme de la violence armée, des déplacements massifs de populations, de l’effondrement des services publics et de l’asphyxie économique. Dans la région métropolitaine, de larges pans du territoire échappent encore au contrôle de l’État, tandis que des milliers de familles survivent dans des conditions précaires, souvent sans accès à l’eau potable, à l’éducation ou aux soins de base. Pour beaucoup, la culture n’est plus un refuge accessible, mais un luxe lointain.

Dans ce contexte, les déclarations officielles saluant la « résilience du peuple haïtien » peuvent apparaître ambivalentes. Si cette résilience est indéniable, elle est aussi le symptôme d’un peuple contraint de s’adapter en permanence à l’absence de réponses structurelles de l’État. La célébrer sans s’attaquer aux causes profondes de la souffrance sociale revient, pour certains observateurs, à romantiser la survie plutôt qu’à affronter la faillite des politiques publiques.

Le discours présidentiel insiste sur la culture comme vecteur de paix et de cohésion sociale. Pourtant, sur le terrain, les artistes, comédiens et travailleurs culturels évoluent dans une grande précarité, souvent sans soutien institutionnel durable, sans politique culturelle cohérente ni budget à la hauteur des ambitions affichées. Les initiatives culturelles survivent davantage grâce à l’engagement individuel et au militantisme qu’à une réelle stratégie étatique.

Par ailleurs, l’invocation répétée de la culture comme solution symbolique contraste avec l’absence de progrès visibles sur les dossiers prioritaires : sécurité publique, justice, lutte contre la corruption, gouvernance et organisation d’élections crédibles. Pour une partie de l’opinion, ces hommages culturels risquent de servir de paravent communicationnel, masquant l’incapacité des autorités à répondre aux urgences vitales.

Cela ne signifie pas que la culture soit inutile ou secondaire. Au contraire, elle demeure un pilier fondamental de l’identité haïtienne et un puissant levier de résistance. Mais sans politiques publiques sérieuses, sans sécurité minimale et sans respect de la dignité sociale, la culture ne peut porter à elle seule le poids d’un pays en crise.

Le véritable défi pour les autorités n’est donc pas seulement de saluer les initiatives culturelles, mais de créer les conditions matérielles, sécuritaires et institutionnelles permettant à la culture de jouer pleinement son rôle. À défaut, le discours officiel risque de sonner creux, déconnecté d’une réalité où l’urgence n’est plus seulement de célébrer la résilience, mais de mettre fin à ce qui la rend tragiquement nécessaire.

Catégories : AtualitésCulture

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