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Par Jean Wesley Pierre

Menotté, les yeux bandés, escorté comme un criminel de droit commun : c’est ainsi que les États-Unis ont choisi de montrer au monde le président du Venezuela ce samedi 3 janvier 2026, Nicolas Maduro, pourtant issu d’un processus politique interne, contesté certes, mais relevant de la souveraineté vénézuélienne.

L’image n’est pas anodine. Elle n’est pas seulement judiciaire, elle est profondément politique, symbolique et impériale.

Sous couvert de lutte contre le narcotrafic et le « narcoterrorisme », Washington a exécuté une opération militaire unilatérale, capturé un chef d’État en exercice et annoncé, sans détour, une transition politique sous supervision américaine ( tutelle ). Le message est clair, brutal et sans ambiguïté : la légitimité d’un dirigeant ne se mesure plus au suffrage de son peuple, mais à son alignement ou non avec les intérêts stratégiques des États-Unis.

Car au-delà des accusations portées contre Nicolas Maduro, accusations graves qui méritent, le cas échéant, d’être examinées dans le strict respect du droit international, la méthode employée révèle une logique bien plus inquiétante.

Un État s’arroge le droit d’arrêter un autre chef d’État, de le transférer sur son sol, de gérer les ressources stratégiques de son pays et d’annoncer une mise sous tutelle temporaire, le tout en dehors de tout mandat multilatéral.

Ce n’est pas seulement le Venezuela qui est visé. C’est l’ensemble de l’Amérique latine, et au-delà, tous les pays du Sud. Le message envoyé est glaçant : nul n’est maître chez lui.

Aucun chef d’État ne peut prétendre gouverner selon les intérêts de son peuple sans intégrer, en priorité, les intérêts américains. La souveraineté devient conditionnelle, réversible, négociable à Washington.

Une mission internationale indépendante, mandatée par Nations unies depuis 2019, dans une position certes prudente, ont rappelé que les crimes présumés du régime Maduro ne sauraient justifier une intervention militaire illégale. Cette mise au point est essentielle. Car accepter cette logique, c’est ouvrir la porte à un monde où la force supplante définitivement le droit, où la justice devient l’apanage des puissants, et où les peuples paient toujours le prix des rapports de domination.

Haïti ne peut rester silencieuse face à cet événement. Notre histoire nous oblige. Nous savons ce que signifie l’ingérence, la mise sous tutelle, la punition infligée à un peuple pour avoir osé tracer une voie autonome. Encourager, banaliser ou applaudir l’agression d’aujourd’hui, c’est préparer celle de demain. Et demain, ce pourrait être nous.

Car si un président vénézuélien peut être menotté et exhibé comme un trophée, qu’en sera-t-il des dirigeants de pays plus faibles, plus dépendants, plus isolés ?

La leçon est simple et cruelle : dans l’ordre international actuel, la désobéissance politique se paie cher.

Face à cela, Haïti doit se positionner du côté de la vérité, du droit, de la liberté et des peuples. Non par sympathie aveugle pour un régime, mais par fidélité à un principe fondamental : aucun État n’a le droit d’écraser la souveraineté d’un autre au nom de ses propres intérêts. Défendre ce principe aujourd’hui, c’est se défendre soi-même.

Le silence serait une complicité. L’indifférence serait une faute historique.

Catégories : Éditorial

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