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Par la rédaction de Lawouze Infos

Port-au-Prince, 16 janvier 2026 – Le ministère des Affaires étrangères et des Cultes (MAEC) dispose désormais d’une nouvelle adresse à Pétion-Ville, dans un imposant immeuble de plus d’une dizaine d’étages acquis par l’État. Cette relocalisation, officiellement justifiée par la nécessité de remplacer l’ancien siège détruit lors du séisme du 12 janvier 2010, représente un choix stratégique lourd de sens : les autorités tournent délibérément le dos au centre-ville de Port-au-Prince, une zone pourtant au cœur des promesses de reconstruction nationale.

Un déménagement justifié par les besoins de l’État

Selon le communiqué officiel du ministère, ce nouveau bâtiment situé au 15, rue Mangonès permettra d’accueillir dignitaires étrangers, officiels et usagers dans « un cadre adéquat répondant aux normes de toutes les chancelleries à travers le monde ». Le MAEC a reconnu que les opérations de déménagement pourraient causer des perturbations temporaires, mais a assuré la continuité des services essentiels.

Un symbole de l’abandon du centre-ville

Ce déménagement soulève de manière aiguë la question du sort réservé au bas de la ville. Alors que des millions de dollars d’aide internationale ont été promis et partiellement dépensés depuis 2010 sous le prétexte de la relance et de la réhabilitation, le centre de la capitale reste en attente d’une reconstruction tangible. Le transfert d’une institution étatique majeure vers les hauteurs de Pétion-Ville est perçu comme un signal fort, actant un désengagement de l’administration de la zone la plus affectée par la catastrophe.

Une interrogation sur l’utilisation des fonds publics

Le contraste entre l’acquisition d’un nouvel immeuble pour une administration et l’état de délabrement persistant du centre-ville interroge directement la gestion et la finalité des fonds publics et de l’aide internationale. Seize ans après le séisme, le pays peine à se relever, avec des infrastructures critiques encore en ruines et des centaines de milliers de personnes sans logement adéquat. Ce déménagement, bien que répondant à un besoin opérationnel légitime, met en lumière les priorités divergentes et les difficultés structurelles de la reconstruction, où la réhabilitation d’un centre-ville historique semble céder le pas à la relocalisation des services dans des zones perçues comme plus sûres ou plus stables.

Le nouveau siège du MAEC à Pétion-Ville est donc bien plus qu’un simple changement d’adresse. Il incarne le dilemme haïtien : répondre à des nécessités administratives immédiates tout en reportant, une fois de plus, la lourde tâche de redonner vie au cœur historique et symbolique de la nation.

Catégories : Atualités

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