Lawouze Info

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Par la rédaction de Lawouze Infos

Port-au-Prince, mardi 27 janvier 2026 —
À l’approche du 7 février 2026, Haïti se retrouve, une fois de plus, face à son propre miroir, un miroir brisé, reflétant l’image d’un pouvoir sans mandat clair, d’institutions sous assistance permanente et d’une souveraineté constamment négociée hors du territoire national. Les déclarations de l’économiste Dr Eddy Labossière, appelant au départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et de l’ensemble des membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), résonnent comme un cri d’alarme : celui d’un peuple fatigué d’être gouverné au nom de lui-même, mais sans lui.

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021, Haïti vit sous un régime de transition devenue permanente. Ce qui devait être une parenthèse s’est transformé en système. Un système entretenu, validé et parfois dicté par des acteurs extérieurs : Nations unies, OEA, Core Group, États-Unis, Union européenne. Tous prétendent œuvrer pour la stabilité. Aucun n’a réussi à restituer au peuple haïtien le droit fondamental de choisir ses dirigeants.

Le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) répète inlassablement les mêmes objectifs : sécurité, réformes, élections. Pourtant, près de cinq ans plus tard, l’insécurité s’est aggravée, l’État s’est effondré et les élections restent un horizon abstrait. Les chiffres de la Banque mondiale et des agences onusiennes sont implacables : Haïti est l’un des États les plus fragiles de la planète. Mais ce constat, répété à l’infini, sert trop souvent d’alibi pour justifier l’inaction politique et la prolongation d’un pouvoir sans légitimité populaire.

La réalité est brutale : des gangs armés contrôlent des territoires entiers, l’État a perdu le monopole de la violence légitime et la population survit dans un climat de peur permanente. Dans un tel contexte, continuer à parler de gouvernance sans mandat revient à administrer un corps déjà exsangue. La légitimité ne se décrète pas depuis les chancelleries étrangères ; elle se construit à partir de la Constitution et du consentement populaire.

Or, la Constitution haïtienne de 1987, malgré ses limites, demeure la loi suprême. Comme l’a rappelé l’ancien président provisoire Jocelerme Privert, le problème d’Haïti n’est pas l’absence de règles, mais le refus systématique de les appliquer. Les mécanismes de succession existent. Ce qui manque, c’est le courage politique de s’y soumettre. En les contournant, on envoie un message clair : le droit constitutionnel haïtien est secondaire face aux arrangements politiques internationaux.

C’est précisément ce glissement que Dr Eddy Labossière dénonce lorsqu’il parle de « nation mineure ». Une nation dont le destin est suspendu à l’approbation extérieure, où la reconnaissance internationale remplace la légitimité populaire. L’ingérence, même maquillée en assistance, devient alors un poison lent qui détruit la confiance des citoyens dans leurs propres institutions.

Les partenaires étrangers affirment agir pour éviter le chaos. Mais en soutenant des autorités contestées, sans échéancier électoral crédible ni consensus national réel, ils alimentent ce chaos. L’OEA elle-même reconnaît que les transitions imposées de l’extérieur sont rarement durables. Pourtant, Haïti continue de servir de laboratoire à des solutions qui échouent partout ailleurs.

La perspective d’un vide institutionnel après le 7 février 2026 est brandie comme une menace absolue. Mais le véritable vide n’est-il pas déjà là ? Un vide de légitimité, de confiance, de responsabilité. La Constitution rappelle un principe fondamental : la souveraineté appartient au peuple. Les organisations de défense des droits humains, comme le RNDDH et le CARDH, insistent sur une évidence trop souvent ignorée : sans participation citoyenne réelle, aucune transition ne peut réussir.

Au-delà des débats juridiques, c’est la vie quotidienne des Haïtiens qui est en jeu. Insécurité, misère, services publics inexistants. Tant que le pouvoir restera déconnecté du peuple et adossé à des soutiens extérieurs, aucune réforme ne tiendra.

Haïti est à un moment de vérité. Soit le pays rompt avec cette logique de dépendance et revient au strict respect de la Constitution, soit il s’enfonce davantage dans une gouvernance sans âme ni mandat. L’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré la facilité de la tutelle à la dignité de la souveraineté. Et le peuple, tôt ou tard, exigera des comptes.


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