Par la rédaction de Lawouze Infos
Port-au-Prince, le 4 février 2026 —
Présenté par ses initiateurs comme une ultime tentative de consensus national à l’approche du 7 février, le Dialogue inter-haïtien tenu du 1er au 3 février 2026 à l’Hôtel Montana soulève davantage d’inquiétudes qu’il n’apporte de réponses. Derrière le vernis du discours sur la « solution haïtienne », l’événement révèle surtout les failles structurelles de la transition, l’épuisement de la légitimité du Conseil présidentiel de transition (CPT) et une tendance préoccupante à substituer l’improvisation politique à la rigueur institutionnelle.
Une proposition lourde de conséquences, mais née d’un processus fragile
Au terme des travaux, les organisateurs ont rendu public un document proposant une nouvelle architecture du pouvoir exécutif, fondée sur un système bicéphale : un Collège présidentiel et un chef de gouvernement. Selon le texte présenté par Clovis Obas, ancien parlementaire du PHTK aux Cayes, le Collège présidentiel serait composé de trois personnalités issues respectivement du CPT, de la Cour de cassation et de la société civile.
Sur le papier, la formule se veut équilibrée. Dans les faits, elle pose une question centrale : comment un organe dont le mandat est arrivé à expiration peut-il encore prétendre façonner le futur cadre institutionnel du pays ? Cette contradiction est au cœur des critiques formulées par plusieurs participants, dont Arodon Bien-Aimé, ancien député, qui n’a pas mâché ses mots.
« Le mandat du CPT est arrivé à terme, les membres du CPT doivent plier bagage et partir », a-t-il déclaré, rejetant toute tentative de reconduction, directe ou indirecte, de l’actuel dispositif de transition.
Un dialogue accusé d’être contrôlé et orienté
Au-delà du fond, c’est la méthode qui est vivement contestée. Arodon Bien-Aimé affirme que la rencontre a été largement dominée par des acteurs gravitant autour du CPT :
« Ils ont rassemblé pratiquement tous les employés des cabinets du CPT pour venir annoncer la formation d’un Collège présidentiel… »
Cette accusation renforce l’idée d’un dialogue déséquilibré, où les conclusions auraient été en grande partie préécrites, au détriment d’un véritable débat contradictoire. Plus grave encore, l’ancien député dénonce l’absence de mécanismes démocratiques internes :
« Ils ont parlé d’élections pour prendre les décisions, mais aucune élection n’a été organisée. »
Dans un pays où la crise de légitimité est précisément liée à l’absence de consultation populaire et de procédures crédibles, cette carence méthodologique affaiblit considérablement la portée des décisions annoncées.
Inclusivité affichée, représentativité contestée
Il serait toutefois réducteur de nier la diversité des acteurs présents. Le Dialogue du Montana a réuni des figures issues de plusieurs horizons : le secteur du Vodou, représenté par la Konfédération nationale vodou haïtienne (KNVA) à travers l’empereur Mondestin, des personnalités comme le docteur Jean Hénold Buteau, plusieurs partis et organisations politiques, ainsi que des membres influents du CPT, dont Leslie Voltaire et Fritz Alphonse Jean.
Mais la présence de secteurs variés ne suffit pas à garantir une représentativité réelle, surtout lorsque les rapports de force internes semblent déséquilibrés et que certaines décisions clés apparaissent comme des annonces plutôt que comme des résolutions collectives.
Un calendrier qui interroge, une précipitation qui inquiète
L’annonce selon laquelle les dépôts de dossiers de candidature aux postes de président et de Premier ministre débuteront dès le mercredi 4 février 2026 accentue les doutes. Cette précipitation, dans un contexte de contestation du cadre même du dialogue, donne l’impression d’un processus qui avance coûte que coûte, sans avoir résolu les questions fondamentales de légalité, de légitimité et de consentement politique.
D’un point de vue institutionnel, cette démarche ressemble moins à une transition maîtrisée qu’à une course contre la montre, visant à installer une nouvelle configuration du pouvoir avant l’échéance symbolique du 7 février, quitte à reproduire les erreurs des transitions précédentes.
Une crise qui dépasse la formule institutionnelle
En définitive, le Dialogue inter-haïtien de l’Hôtel Montana met en lumière une vérité inconfortable : la crise haïtienne n’est pas d’abord une crise de formules institutionnelles, mais une crise de légitimité, de confiance et de gouvernance. Tant que les processus politiques resteront perçus comme fermés, contrôlés par des cercles restreints et déconnectés des attentes populaires, aucune architecture, aussi ingénieuse soit-elle, ne pourra stabiliser durablement le pays.
À la veille du 7 février, Haïti semble une fois de plus engagée dans une transition qui risque de changer les acteurs sans transformer les pratiques. Or, sans rupture méthodologique, sans transparence réelle et sans participation authentique des forces sociales et populaires, le pays court le risque d’entrer dans une nouvelle impasse politique, encore plus difficile à dénouer que la précédente.

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