Par la rédaction de Lawouze Infos
Port-au-Prince, le 6 février 2026 —
A quelques heures du 7 février, date charnière pour la transition politique en Haïti, de nouvelles accusations portées dans l’espace public viennent alimenter un climat déjà marqué par la méfiance institutionnelle et l’incertitude politique. Selon Pierre Espérance, responsable du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), des éléments d’un rapport de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) évoqueraient des contacts entre un membre du Conseil présidentiel de transition (CPT) et la coalition criminelle « Viv ansanm » avant les attaques contre l’aéroport survenues le 11 novembre 2024.
Des accusations fondées sur un rapport policier
D’après Pierre Espérance, le conseiller présidentiel Louis Gérald Gilles aurait été en contact, par l’intermédiaire de Dickson Oreste, avec des membres de cette coalition criminelle trois jours avant ces attaques. Ces affirmations s’appuieraient, selon lui, sur des éléments contenus dans un rapport attribué à la DCPJ.
L’affaire prend une dimension supplémentaire avec l’assassinat de Dickson Oreste, intervenu sept jours après ces échanges présumés. Pour le responsable du RNDDH, cette séquence pourrait suggérer l’existence de liens directs ou indirects entre certains acteurs politiques et des groupes criminels, même si ces allégations restent, à ce stade, sujettes à vérification judiciaire.
Un contexte politique particulièrement sensible
Ces accusations surviennent à un moment politiquement délicat. Le 7 février marque officiellement la fin annoncée du mandat du Conseil présidentiel de transition et l’ouverture d’une nouvelle phase institutionnelle. Toute controverse touchant à la crédibilité des dirigeants actuels risque donc d’influencer la perception publique de cette transition.
Dans un pays confronté à une insécurité persistante et à une crise institutionnelle prolongée, la moindre suspicion de collusion entre sphère politique et groupes armés peut accentuer la défiance populaire et fragiliser davantage la légitimité des autorités.
La question récurrente des liens entre politique et insécurité
Ces accusations s’inscrivent dans un débat plus large sur les rapports supposés entre acteurs politiques et groupes armés en Haïti. Plusieurs organisations de la société civile et institutions internationales ont, ces dernières années, appelé à davantage de transparence et d’enquêtes indépendantes sur ces questions sensibles.
Cependant, l’absence fréquente de conclusions judiciaires définitives entretient un climat d’ambiguïté, où les accusations circulent souvent plus vite que les vérifications institutionnelles.
Un enjeu majeur : la crédibilité de la transition
À l’approche du 7 février, l’enjeu dépasse la seule véracité des accusations. Il touche également à la capacité des institutions haïtiennes à garantir la transparence, la reddition de comptes et la confiance publique.
Si ces allégations devaient être confirmées par des investigations judiciaires crédibles, elles pourraient avoir des conséquences importantes sur la perception nationale et internationale de la transition politique. À l’inverse, leur absence de clarification rapide risque d’alimenter les spéculations et la polarisation politique.
Entre prudence journalistique et nécessité d’enquête
Face à des accusations aussi sensibles, la prudence reste essentielle. Le traitement médiatique de ces informations implique à la fois le respect de la présomption d’innocence et la nécessité d’un débat public éclairé sur les enjeux de sécurité et de gouvernance.
Dans un contexte où la confiance envers les institutions demeure fragile, seule une démarche transparente et rigoureuse pourra contribuer à apaiser les tensions et à consolider les bases d’une transition politique crédible.

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