Lawouze Info

FB_IMG_1774665386847.jpg

Carburant : une commission pour ajourner l’inévitable ou pour préparer l’explosion ?

Par la rédaction de Lawouze Infos

Port-au-Prince, 27 mars 2026 –
Le gouvernement a annoncé la création d’un Conseil consultatif de suivi du marché pétrolier. Neuf membres. Trois de l’État, trois des syndicats, un des compagnies pétrolières, deux des distributeurs. Une belle photo de famille institutionnelle. Une fois encore, Haïti répond à une crise par un comité. L’augmentation des prix du carburant sur le marché international menace les finances publiques ? Créons une commission. La population craint une explosion sociale ? Installons un cadre de concertation. L’emballage est soigné. Le fond, lui, reste désespérément vide.

Car que changera ce conseil ? Rien. Absolument rien. Il ajustera les prix selon le marché international, dit-on. Mais c’est déjà le cas. Il assurera le suivi réglementaire. Mais qui contrôle les contrôleurs ? Il conseillera le gouvernement. Mais qui écoute les conseils quand l’urgence budgétaire commande ? L’histoire haïtienne est cruelle : elle montre que ce type de structure ne sert qu’à préparer l’opinion à l’inacceptable, à habiller d’un vernis de concertation ce qui restera une décision unilatérale de l’exécutif.

Souvenez-vous. 2018. Sous Jovenel Moïse, le gouvernement avait tenté une hausse brutale. Résultat : des semaines de paralysie, des dizaines de morts, une économie laminée. Le pouvoir avait reculé, mais le traumatisme est resté. Aujourd’hui, le contexte est infiniment pire. L’insécurité a déplacé des centaines de milliers de personnes. L’aide humanitaire peine à entrer. La moitié de la population survit avec moins de deux dollars par jour. Dans ce pays à l’agonie, annoncer une hausse du carburant, même « concertée », c’est allumer un incendie dans un bidonville.

Le ministre Gabriel Collin, qui propose cette commission, le sait. Il sait que le carburant n’est pas un produit ordinaire. C’est le sang qui irrigue l’économie. Augmenter son prix, c’est renchérir le riz, le sucre, le transport, les soins. C’est transformer la faim déjà présente en famine généralisée. Les commissions ne font pas bouillir la marmite. Les syndicats, aussi sincères soient-ils, ne pèseront pas face aux pressions du Fonds monétaire international et du marché mondial.

Alors à quoi sert ce conseil ? À gagner du temps. À espérer que l’indignation populaire s’émousse dans des réunions feutrées. À pouvoir dire, le moment venu : « nous avons consulté, nous avons pesé, nous n’avions pas le choix ». Une mise en scène de la responsabilité partagée pour mieux faire porter la colère à d’autres.

Le gouvernement actuel se présente comme celui de la rupture. Qu’il rompe donc avec cette vieille tradition haïtienne du comité qui n’engage à rien. Qu’il assume ses responsabilités. S’il doit augmenter les prix, qu’il le dise franchement et qu’il dévoile en même temps des mesures de compensation massives pour les plus vulnérables. S’il ne le peut pas, qu’il renonce. Mais qu’il cesse de prendre les Haïtiens pour des naïfs. Car ce conseil, aussi bien intentionné soit-il sur le papier, ressemble dangereusement à un paravent destiné à protéger le gouvernement… pas la population. Et l’histoire retiendra que c’est souvent derrière de belles structures qu’on prépare les pires catastrophes.

Catégories : Économie

0 commentaire

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *