Lawouze Info

FB_IMG_1774757099976.jpg

INFP : un nouveau directeur, les mêmes vieilles promesses

Par la rédaction de Lawouze Infos

Me Franck Lauture, nouveau patron de l’Institut national de formation professionnelle (INFP), a présenté ce vendredi 27 mars 2026 sa feuille de route aux journalistes. Une sortie médiatique soigneusement orchestrée pour donner l’illusion d’une rupture. Au menu : des états généraux, des visites de terrain, un budget à renégocier, des formations en prison. Tout y est. Sauf peut-être l’essentiel : une idée précise de comment il compte faire, avec quoi, et dans quel délai, pour transformer une institution notoirement connue pour son immobilisme.

Le discours est rodé. « On ne peut pas rester derrière nos bureaux », martèle le nouveau directeur. L’affirmation serait presque révolutionnaire si elle ne faisait pas partie du catéchisme de tout responsable public fraîchement nommé en Haïti. La réalité, c’est que l’INFP, comme tant d’autres institutions, croule sous des décennies de sous-investissement, de gabegie administrative et d’indifférence politique. Des visites de terrain, même inspirées, ne répareront pas des bâtiments lézardés. Des états généraux, aussi participatifs soient-ils, ne remplaceront pas un budget d’investissement.

Car c’est bien là le cœur du problème. Me Lauture annonce vouloir une « plus grosse enveloppe budgétaire ». Mais il sait, comme tout le monde, que les caisses de l’État sont vides, que la priorité sécuritaire phagocyte les ressources disponibles et que la formation professionnelle, pour essentielle qu’elle soit, n’a jamais été une priorité des gouvernements successifs. Quels arbitrages va-t-il proposer ? Quels secteurs budgétaires va-t-il rogner pour grossir son enveloppe ? Le silence du nouveau directeur sur ces questions est assourdissant.

L’intégration des formations professionnelles dans les centres de détention est une idée louable. Mais encore faudrait-il que les prisons ne soient pas elles-mêmes des zones d’abandon où la survie, plus que la réinsertion, est l’unique préoccupation. Et que dire du renforcement des mécanismes de régulation, annoncé sans la moindre précision, alors que des dizaines de centres de formation non agréés opèrent en toute impunité sous le nez des autorités ?

Me Franck Lauture hérite d’une institution en ruine. Il affiche des intentions vertueuses. Mais en Haïti, l’intention vertueuse a souvent servi de paravent à l’inaction. Les Haïtiens ont trop souvent vu des directeurs généraux défiler, aligner les promesses, organiser les états généraux, puis disparaître dans l’oubli sans que le quotidien des centres de formation ait changé d’un iota. La formation professionnelle est un secteur stratégique. Il forme les jeunes, outille les travailleurs, prépare la relève économique. Mais en 2026, avec des infrastructures vétustes, des enseignants précaires et des programmes décousus, l’INFP ne remplit plus sa mission.

Me Lauture a cent jours pour convaincre. Cent jours pour transformer ses beaux discours en actes. Cent jours pour prouver qu’il ne sera pas un énième directeur général de plus, dont le passage se résumera à une série de photos et de communiqués. Les Haïtiens, eux, n’attendent plus les promesses. Ils attendent des chantiers ouverts, des centres rénovés, des jeunes formés, des diplômés insérés. Rien d’autre. Si le nouveau directeur échoue à produire ces résultats tangibles, son mandat ne sera qu’une ligne supplémentaire dans la longue liste des occasions manquées par l’État haïtien. Et les jeunes, une fois de plus, en paieront le prix.

Catégories : Éducation

0 commentaire

Laisser un commentaire

Emplacement de l’avatar

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *