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Par la rédaction

MILOT, Nord, le lundi 20 avril 2026 – Une semaine après le drame qui a coûté la vie à 25 personnes à la Citadelle Henri Christophe, l’indignation grandit autant que les zones d’ombre. Alors que l’enquête judiciaire s’intensifie, avec des arrestations en série et des témoignages accablants, une question brûle les lèvres des familles endeuillées et de l’opinion publique : où sont les vrais responsables ?

Le bilan est lourd. Vingt-cinq vies fauchées sur l’un des sites les plus emblématiques d’Haïti, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais derrière les chiffres, c’est tout un système de gestion du patrimoine national qui est aujourd’hui mis en accusation.

Des arrestations qui ne trompent pas

Plusieurs personnes ont déjà été interpellées : des agents de la police municipale de Milot, des employés de l’ISPAN (Institut de sauvegarde du patrimoine national), ainsi que le maire principal de la commune, Wesner Joseph. Autant de petites mains, d’exécutants, qui paient aujourd’hui pour des défaillances qui semblent bien plus hautes placées.

Car comment expliquer qu’une activité de grande envergure ait pu se dérouler sur un site aussi sensible, sans encadrement sécuritaire, sans contrôle des accès, sans aucun dispositif digne de ce nom ? Les premiers éléments de l’enquête orientent les regards vers une responsabilité partagée entre les autorités locales et les instances nationales. Mais partagée, c’est un mot poli pour dire que personne n’a rien fait.

Patrick Delatour, l’absent silencieux

Au sommet de l’ISPAN trône Patrick Delatour, ancien ministre, fraîchement installé au poste de directeur général. Un homme d’expérience, rompu aux arcanes du pouvoir. Pourtant, depuis le drame, son silence assourdit. Où est-il ? Que sait-il ? Quand a-t-il été informé ? Quelles directives a-t-il données avant la catastrophe ? Autant de questions auxquelles il ne répond pas.

L’institution qu’il dirige est officiellement chargée de protéger, de surveiller et de réguler les activités sur les sites patrimoniaux. Si la Citadelle s’est transformée en piège mortel, c’est d’abord un échec retentissant de l’ISPAN. Et donc de son directeur.

Achile Néat, le fantôme de l’enquête

Plus inquiétant encore : le sort du directeur départemental de l’ISPAN, Achile Néat. Selon plusieurs sources concordantes, ce dernier aurait été brièvement interpellé, puis relâché dans des circonstances troubles. Depuis, plus personne ne l’a vu. Introuvable. Volatilisé.

Cette disparition, au moment même où l’enquête commence à remonter la chaîne des responsabilités, soulève des interrogations insoutenables. A-t-il été protégé ? A-t-il fui ? Qui a ordonné sa libération ? L’ombre d’une main mise politique plane sur ce dossier, et l’opinion publique commence à sentir l’odeur d’un scandale d’État.

Un État irresponsable

Au-delà des individus, c’est bien la gouvernance du patrimoine national qui est sur le banc des accusés. Comment un monument aussi symbolique, aussi fréquenté, a-t-il pu fonctionner dans une telle improvisation ? Absence de normes de sécurité, absence de plan de gestion des foules, absence de contrôles réguliers… Le drame de la Citadelle n’est pas un accident. C’est une catastrophe annoncée, rendue possible par des années de négligence, d’incurie et de manque de moyens chronique.

Les familles des 25 victimes, elles, attendent toujours des réponses. Mais en Haïti, l’histoire le montre trop souvent, les petits payent et les grands s’en sortent. Les arrestations des policiers municipaux et du maire risquent de ne servir que de paravent pour protéger les véritables décideurs.

La colère monte

À Milot, la population n’y croit plus. « On arrête les sans-grade pendant que les directeurs dorment tranquilles chez eux », souffle un habitant sous couvert d’anonymat. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #JusticePourLes25 tourne en boucle, et les appels à manifester se multiplient.

Reste à savoir si la justice haïtienne, souvent accusée de lâcheté face aux puissants, osera cette fois aller au bout de la logique. Car si Patrick Delatour et les responsables nationaux ne sont pas entendus, si Achile Néat reste introuvable, alors ce drame ne sera qu’une de plus dans la longue liste des impunités haïtiennes.

En attendant, 25 cercueils attendent une vérité. Et 25 familles attendent que l’État assume enfin ses responsabilités.

Catégories : AtualitésEnquête

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