Par la rédaction
Quinze morts. Des armes de gros calibre saisies. Des vidéos choc qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux. Ce lundi 20 avril 2026, l’Unité temporaire d’action groupée (UTAG) a frappé fort à Séguin, dans la commune de Marigot, en abattant une quinzaine d’assaillants lors de violents affrontements. Une riposte musclée, saluée par une population exsangue, mais qui ne doit pas masquer une réalité bien plus inquiétante : les gangs ne reculent que pour mieux revenir, et l’État haïtien semble toujours incapable de leur opposer une stratégie durable.
Une opération spectaculaire, mais réactive
Sur le papier, l’intervention de l’UTAG est un succès tactique indéniable. Les forces spéciales ont répondu avec une rare efficacité à l’assaut lancé dans la nuit du dimanche 19 au lundi 20 avril par des individus lourdement armés. Ces mêmes bandits, déjà repoussés une première fois la semaine dernière, étaient de retour pour tenter de prendre définitivement le contrôle de Séguin.
Le bilan est lourd pour les assaillants : une quinzaine de morts, plusieurs armes de gros calibre récupérées, des corps sans vie exposés dans des vidéos amateurs devenues virales. Sur le moment, les forces de l’ordre ont fait leur travail. Elles ont protégé la population. Elles ont riposté avec la force nécessaire.
Mais ce succès ponctuel ne doit pas faire oublier la chronologie des faits. Il y a à peine une semaine, dans la nuit du 13 au 14 avril, les mêmes gangs avaient frappé Séguin sans rencontrer de résistance efficace : sept morts, un sous-commissariat incendié, des véhicules de la Police nationale d’Haïti réduits en cendres. À l’époque, l’UTAG n’était pas là. Ou pas assez.
La question qui fâche : pourquoi attendre la deuxième attaque ?
C’est là que l’analyse se corse. Les forces de l’ordre ont prouvé ce lundi qu’elles avaient la capacité de neutraliser des bandits lourdement armés. Alors pourquoi n’ont-elles pas agi avant la première tragédie ? Pourquoi l’État haïtien laisse-t-il les gangs reprendre les mêmes zones, brûler des commissariats, tuer des civils, avant de réagir, spectaculairement, une fois le mal fait ?
L’opération de l’UTAG, aussi impressionnante soit-elle, porte en elle la marque d’une stratégie réactive, non préventive. On envoie les unités d’élite quand la situation est déjà explosive. On comptabilise les morts chez les assaillants comme un trophée, alors qu’il aurait fallu empêcher l’assaut en amont.
Séguin, symptôme d’une contagion gangstériste
Au-delà de la tactique immédiate, l’offensive des bandits sur Séguin confirme une tendance lourde que les autorités peinent à endiguer : les gangs ne sont plus cantonnés à la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Ils grignotent du terrain. Ils testent les faiblesses. Ils incendient des symboles de l’État. Et ils reviennent, comme cette semaine, pour prouver qu’ils n’ont pas dit leur dernier mot.
Le département du Sud-Est, longtemps épargné, devient une nouvelle ligne de front. Séguin, Marigot, Jacmel : ces noms risquent de s’ajouter à la triste liste des territoires livrés à la loi des armes, si l’État ne change pas radicalement de logiciel.
L’impuissance structurelle d’un État en lambeaux
Car le problème est plus profond qu’une simple opération policière, aussi réussie soit-elle. L’UTAG peut tuer quinze bandits aujourd’hui. Vingt autres les remplaceront demain. Tant que l’État haïtien restera incapable d’assurer une présence continue, de reconstruire les commissariats incendiés, de payer décemment ses policiers, de désarmer les zones grises, les gangs continueront de prospérer.
Les armes saisies ce lundi témoignent de l’arsenal impressionnant dont disposent ces groupes. Mais d’où viennent-elles ? Qui les finance ? Qui les protège ? Tant que ces questions resteront sans réponse, l’UTAG ne fera que jouer au chat et à la souris. Un jeu dont les civils paient toujours le prix.
Un bilan provisoire, une victoire à relativiser
Aucun bilan officiel n’a encore été communiqué par la PNH. Les chiffres évoqués — une quinzaine d’assaillants abattus — proviennent de sources locales et de vidéos non vérifiées de manière indépendante. Si la contre-offensive est réelle, la prudence s’impose face aux images qui circulent sur les réseaux sociaux, parfois manipulées ou exagérées.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que Séguin a de nouveau saigné. Et que les habitants, eux, ne demandent ni bilan spectaculaire ni vidéo virale. Ils demandent à vivre sans peur. À ne plus voir leur commissariat brûler. À ne plus compter leurs morts chaque semaine.
Un combat gagné, une guerre perdue ?
L’UTAG a remporté une bataille ce lundi 20 avril. Il faut le reconnaître et saluer le courage des policiers engagés sous les tirs. Mais la guerre contre les gangs ne se gagne pas à coups d’opérations ponctuelles, aussi sanglantes soient-elles pour les assaillants. Elle se gagne par une présence constante, une justice qui condamne, des institutions qui tiennent, et un État qui assume ses responsabilités.
Tant que ces conditions ne seront pas réunies, Séguin restera un symbole. Non pas celui de la victoire, mais celui d’une impuissance que même les plus belles opérations spéciales ne suffisent plus à masquer.

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