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Lawouze Info

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Par la rédaction de Lawouze Infos

Cap-Haïtien, le dimanche 11 janvier 2026 — La décision du ministre de la Justice, Me Patrick Pélissier, d’ordonner la libération immédiate d’Emmanuel Lundi marque un tournant dans une affaire qui a profondément choqué l’opinion publique. L’homme avait été violemment battu et blessé par le commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance du Cap-Haïtien, Me Eno Zéphyrin, lors d’une scène filmée et massivement relayée sur les réseaux sociaux.

Selon des informations confirmées par Radio Télé Scoop, le commissaire du gouvernement devrait être révoqué dans les prochaines heures et pourrait faire l’objet de poursuites judiciaires pour violation grave des droits humains. Cette annonce intervient alors que les images diffusées contredisent frontalement la version initialement avancée par Me Zéphyrin.

Des faits établis par la vidéo

Dans la vidéo devenue virale, on distingue clairement le commissaire du gouvernement, accompagné de membres de sa sécurité rapprochée, s’en prendre physiquement à Emmanuel Lundi. Contrairement aux déclarations de Me Zéphyrin affirmant avoir été agressé, les images montrent M. Lundi demandant explicitement au commissaire de ne pas le toucher. Aucun geste de violence de sa part n’est visible.

C’est précisément cette demande — pourtant parfaitement légitime dans un État de droit — qui semble avoir déclenché la colère du commissaire et de ses agents, lesquels ont procédé à un passage à tabac brutal, sans aucune base légale, ni situation de légitime défense.

Une violation manifeste des droits fondamentaux

D’un point de vue juridique, les faits sont particulièrement graves. Emmanuel Lundi exerçait un droit fondamental : le droit à la liberté d’expression et à la protection de son intégrité physique. En l’absence de flagrant délit, de résistance violente ou de menace réelle, l’usage de la force était totalement injustifié.

Pire encore, l’agression a été perpétrée par le représentant local de l’action publique, censé être le garant du respect de la loi et des droits des citoyens. Ce renversement des rôles — où celui qui incarne l’autorité devient l’agresseur — illustre une dérive autoritaire profondément enracinée dans certaines pratiques judiciaires en Haïti.

Une responsabilité institutionnelle engagée

La réaction du ministère de la Justice constitue un signal politique important, mais elle ne saurait suffire. Si la révocation annoncée de Me Eno Zéphyrin se confirme, elle devra être suivie de poursuites judiciaires effectives, indépendantes et transparentes. Sans cela, la sanction resterait symbolique et renforcerait le sentiment d’impunité qui mine la confiance citoyenne.

Cette affaire pose également la question de la responsabilité de l’État dans l’encadrement, la formation et le contrôle des commissaires du gouvernement et de leurs dispositifs de sécurité. Les « sbires » évoqués dans la vidéo agissaient-ils dans un cadre officiel ? Qui leur a donné l’ordre d’intervenir ? Autant de questions qui exigent des réponses claires.

Une affaire révélatrice d’un malaise plus profond

Au-delà du cas Emmanuel Lundi, cet épisode met en lumière un problème structurel : la confusion persistante entre autorité de l’État et pouvoir personnel. Trop souvent, la fonction publique est perçue comme un privilège permettant d’imposer le silence par la force, plutôt que comme une mission de service public.

Dans un contexte national marqué par l’insécurité, l’effondrement de la justice et la défiance généralisée envers les institutions, ce type de comportement contribue à délégitimer davantage un État déjà fragilisé.

Une épreuve de vérité pour la justice haïtienne

L’affaire Emmanuel Lundi constitue désormais un test majeur pour l’État de droit en Haïti. La libération de la victime est un premier pas. La sanction administrative annoncée en est un second. Mais seule une procédure judiciaire rigoureuse, respectant les normes nationales et internationales des droits humains, permettra de restaurer un minimum de crédibilité institutionnelle.

À défaut, ce dossier rejoindra la longue liste des scandales étouffés, où la violence d’État reste impunie et où la loi continue de s’appliquer avec brutalité aux citoyens ordinaires, mais indulgence envers ceux qui la violent au nom du pouvoir.


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