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Au Site Sans Frontières, l’État joue les pompiers pendant que la maison brûle

Par la rédaction de Lawouze Infos

Ils ont fui les balles, les viols, les maisons incendiées. Un an plus tard, ils attendent toujours. Ce jeudi 12 mars 2026, au Site Sans Frontières de Delmas 33, 4 800 personnes déplacées ont reçu la visite du ministre des Affaires sociales et du patron du FAES. Cadeau de bienvenue : des kits alimentaires et sanitaires pour 1 540 chefs de famille. Une goutte d’eau dans un océan de détresse.

Saluons l’initiative : distribuer de la nourriture à ceux qui n’ont rien est toujours préférable à l’indifférence. Mais faut-il vraiment applaudir quand l’essentiel manque depuis un an ? Quand ces mêmes familles ont passé 365 nuits sous des tentes, dans des écoles transformées en camps, sans perspective de retour chez elles ?

Le ministre Marc-Elie Nelson parle de « droit fondamental » et de « dignité humaine ». Des mots justes, hélas déconnectés d’une réalité où l’accès à un plat chaud ressemble davantage à une loterie qu’à un droit garanti. Sur quoi débouche cette « coordination des actions publiques » vantée dans le communiqué ? Sur une distribution, certes. Mais après ? Le prochain camion passera-t-il dans un mois ? Dans six mois ?

Le gouvernement promet de « rétablir l’autorité de l’État ». Belle formule. Mais pendant que les ministres distribuent des vivres à Delmas, les gangs continuent d’étendre leur emprise sur l’Artibonite, sur la Croix-des-Bouquets, sur tant d’autres zones livrées à elles-mêmes. Où est cette autorité quand des milliers d’Haïtiens ne peuvent pas rentrer chez eux parce que l’État a perdu le contrôle de portions entières du territoire ?

D’autres visites sont annoncées. Tant mieux. Mais les personnes déplacées n’ont pas besoin de photos officielles ni de discours. Elles ont besoin qu’on leur rende leurs maisons. Elles ont besoin que l’État cesse de gérer l’urgence humanitaire comme une fin en soi, et s’attaque enfin aux racines du mal : l’insécurité chronique et l’absence d’une politique de logement digne de ce nom.

En attendant, le Site Sans Frontières porte bien son nom : ses occupants sont aux frontières de l’État, aux frontières de la dignité, aux frontières de l’oubli.

Catégories : Société

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