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Par Jean Wesley Pierre

Ce mardi 20 mai 2025, à l’hôtel Montana, une conférence de presse réunissant d’anciennes figures politiques et juridiques du pays s’est tenue autour d’une proposition de gouvernement de transition issu de la Cour de cassation. Parmi les intervenants principaux : Me Jean Renel Sénatus, ancien sénateur et homme d’affaires, l’ancien Premier ministre Jean Michel Lapin, et Me Renold Georges, avocat bien connu du milieu politique haïtien.

Cette initiative est soutenue par plusieurs partis politiques et organisations, dont le FOJ, regroupementd’organisationde jeunes, dont le MJENH et d’autres mouvements de jeunesse, ainsi que le RDNP, parti autrefois représenté au Haut Conseil de la Transition (HCT) — une structure largement considérée comme un échec durant le mandat du Premier ministre Ariel Henry.

Me Jean Renel Sénatus, fidèle à sa ligne de pensée, a plaidé pour un dialogue inclusif, allant jusqu’à prôner une ouverture avec les gangs armés. Eux aussi, les gangs, sont les fils et filles du pays, et ils ont droit à une chance, a-t-il affirmé sans détour. Il propose que le gouvernement de transition accorde un délai aux groupes armés pour débloquer les routes, mettre fin aux kidnappings et déposer les armes, en échange d’une réintégration dans la société.

Cette proposition suscite l’indignation d’une partie de l’opinion publique, notamment des familles endeuillées par les violences. « Le pardon ne peut précéder la justice », a déclaré une militante de la KOMINOTE PWOGRESIS AYISYEN (KPA), dénonçant une approche jugée complice et dangereuse.

Jean Michel Lapin, qui n’a jamais réussi à faire ratifier son gouvernement en 2019, a profité de la tribune pour remettre en question la capacité actuelle des dirigeants à relancer l’économie. Mais ses critiques ont été accueillies avec scepticisme, compte tenu de son propre bilan.

Sous son mandat, Haïti a connu une inflation record de 17 %, un chômage galopant estimé à 50 %, une dépréciation massive de la gourde et une grave crise énergétique consécutive à l’arrêt du programme PetroCaribe. L’absence de budget ratifié a empêché l’accès à 229 millions de dollars du FMI, plongeant encore plus le pays dans l’asphyxie économique. Malgré quelques timides tentatives de réformes, la situation s’est seulement détériorée.

Aujourd’hui, celui qui n’a pas su éviter le naufrage économique se pose en donneur de leçons.

Le RDNP, qui soutient également cette proposition de transition, traîne un lourd passif. Le parti avait désigné une représentante au sein du Haut Conseil de Transition d’Ariel Henry, premier ministre Roi, décrié — une structure qui a échoué à garantir la stabilité politique ou le retour à un ordre constitutionnel.

L’ingénieur Arold Samson, interrogé sur ce retour en force du RDNP, a dénoncé une récupération politique : Cette madame, membre influente du parti, n’a jamais œuvré pour l’intérêt général. Elle a utilisé sa position pour défendre ses intérêts personnels. Ce n’était pas une erreur, c’était un choix calculé, selon lui.

Alors que le peuple haïtien réclame rupture, clarté et justice, cette conférence laisse un goût amer. Les promoteurs de cette transition sont des figures marquées par l’inefficacité, les arrangements entre élites, et un profond manque de loyauté envers la population.

Comment croire en un nouveau départ quand les mêmes visages, responsables hier des déboires du pays, reviennent aujourd’hui avec des promesses de redressement et de paix sociale, sans assumer leurs erreurs passées ? Comment appeler à la réinsertion de criminels sans avoir offert justice aux victimes ?

La méfiance est profonde. Et les citoyens haïtiens, longtemps trahis, ne sont plus dupes : il ne suffit plus de parler au nom du peuple. Il faut en être digne.

Catégories : Atualités

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