CTPEA : entre discours de réforme et immobilisme structurel, le grand écart de l’État haïtien
Par la rédaction de Lawouze Infos
À première vue, la rencontre entre la ministre de la Planification, Sandra Paulemon, et le directeur général du CTPEA, Hosval Tristan ce lundi 30 mars 2026, pourrait donner l’illusion d’un État en mouvement, soucieux de renforcer ses institutions et d’améliorer la qualité des politiques publiques. Mais derrière les annonces et les promesses, une réalité plus dérangeante s’impose : celle d’un système qui peine à transformer ses discours en actions concrètes.
Le diagnostic présenté par le CTPEA lui-même est sans appel : contraintes structurelles, insuffisance d’infrastructures, manque de moyens. Autant de problèmes connus depuis des années, souvent documentés, rarement résolus. Que faut-il donc de plus pour passer de la reconnaissance des failles à leur correction effective ?
Car le paradoxe est frappant. D’un côté, l’État reconnaît le rôle stratégique du CTPEA comme centre de formation et d’analyse. De l’autre, il laisse cette institution évoluer dans des conditions précaires, limitant sa capacité à produire des cadres compétents et des analyses rigoureuses. Cette contradiction n’est pas anodine : elle traduit une forme de désengagement structurel vis-à-vis du savoir et de la planification, pourtant essentiels au développement.
Les propositions avancées lors de cette rencontre comme les nouveaux programmes de maîtrise, digitalisation, bibliothèque en ligne… s’inscrivent dans une logique de modernisation. Mais elles soulèvent une question fondamentale : avec quels moyens ? Dans quel cadre budgétaire ? Et surtout, avec quelle volonté politique réelle ? En Haïti, les réformes annoncées se heurtent souvent à l’absence de suivi, à la faiblesse institutionnelle et à une gouvernance marquée par l’urgence plutôt que par la vision.
L’appui annoncé à une étude sur l’évaluation économétrique des investissements publics illustre également cette ambivalence. Comment prétendre améliorer l’efficacité des politiques publiques lorsque les mécanismes de transparence, de reddition de comptes et de continuité administrative restent fragiles ? L’analyse sans action devient alors un exercice intellectuel sans portée réelle.
Plus profondément, cette rencontre met en lumière une crise structurelle de l’État haïtien : l’incapacité à valoriser durablement ses propres institutions techniques. Le CTPEA, censé être un pilier de la planification nationale, fonctionne encore en marge d’un système où les décisions sont trop souvent dictées par des logiques politiques immédiates plutôt que par des données et des analyses solides.
Dans ce contexte, parler de « repositionnement » de l’institution relève presque de l’aveu : celui d’un déclassement déjà consommé. La question n’est donc plus seulement de renforcer le CTPEA, mais de repenser la place de l’expertise dans la gouvernance publique haïtienne.
Sans rupture réelle avec les pratiques actuelles, ces rencontres risquent de s’inscrire dans une longue tradition de dialogues institutionnels sans impact tangible. Et pendant ce temps, les défis structurels du pays tels que la pauvreté, insécurité, faiblesse des services publics… continuent de s’aggraver, dans un silence que même les meilleures intentions ne parviennent plus à masquer.

0 commentaire