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Par la rédaction de Lawouze Infos

Port-au-Prince, le vendredi 16 janvier 2026 –
Le ministre de la Santé publique, le docteur Sinal Bertrand, a officiellement annoncé la délocalisation de l’Hôpital Général vers l’avenue Martin Luther King, à proximité de la centrale Natcom. Cette décision radicale, matérialisée par un chèque de location déjà finalisé et l’assemblage en cours des équipements, constitue une réponse directe à l’insécurité paralysante. Elle acte, de manière spectaculaire et tragique, le retrait de l’État d’une zone critique et pose des questions fondamentales sur l’accès futur aux soins et la gestion des urgences sanitaires.

Une relance sous le signe de l’urgence sécuritaire

Cette annonce intervient dans le sillage immédiat de l’échec tragique de la tentative de réouverture du 24 décembre 2024, un épisode sanglant ayant coûté la vie à un policier et à deux journalistes. Cet événement a servi de révélateur brutal : la relance des services de santé dans le centre historique est devenue impossible sans un contrôle sécuritaire que l’État est, pour l’heure, incapable d’assurer. La délocalisation n’est donc pas présentée comme un choix stratégique optimal, mais comme l’unique option viable pour tenter de sauver l’institution et ses services essentiels. Le démarrage imminent de l’installation du matériel, avec pour objectif la réouverture progressive des urgences, de la pédiatrie et de l’obstétrique, souligne la volonté de réagir rapidement face à une crise humanitaire qui s’aggrave en l’absence de structures de soins opérationnelles.

Un symbole de la capitulation de l’État devant la violence

D’un point de vue analytique, cette décision est bien plus qu’une simple mesure logistique. Elle représente un symbole puissant de la capitulation de l’État face à la violence des gangs. Le déménagement d’un hôpital public central, institution sanitaire de dernier recours, équivaut à un constat d’échec : l’autorité publique n’est plus en mesure de garantir la sécurité et le fonctionnement des services les plus basiques en son cœur historique. Cela crée un précédent alarmant et laisse présager un risque de délitement territorial accéléré, où d’autres institutions pourraient être contraintes de suivre le même chemin, abandonnant définitivement des quartiers entiers à l’anarchie.

Cette délocalisation soulève des interrogations majeures quant à l’équité d’accès aux soins. L’Hôpital Général, par son emplacement central, était théoriquement accessible à une large partie de la population, notamment aux plus démunis des quartiers populaires avoisinants. Son déplacement vers une autre zone, potentiellement moins accessible en termes de transport et de sécurité routière, risque d’exclure une frange importante et vulnérable de la population. La promesse d’une réouverture « progressive » des services laisse également planer le doute sur la continuité et la qualité des soins pendant une période de transition qui pourrait s’avérer longue et chaotique.

La délocalisation de l’Hôpital Général est une mesure de crise, un pis-aller dicté par une situation sécuritaire intenable. Si elle peut permettre, à court terme, de ressusciter des services de santé vitaux, elle consacre également l’abandon d’une partie de la capitale et pose les bases d’une fragmentation inquiétante du territoire national et de l’accès aux droits fondamentaux. C’est le symptôme d’un État en retrait, contraint de sacrifier la centralité et l’équité sur l’autel de la survie immédiate de ses institutions.


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