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Par la rédaction de Lawouze Infos

Port-au-Prince, le jeudi 5 février 2026 —
À l’issue d’une interview accordée à notre rédaction, le Dr Jean Hénold Buteau, membre du comité de pilotage des signataires de l’Accord de Montana et participant au dialogue inter-haïtien, reconnaît implicitement que la principale difficulté réside aujourd’hui dans l’incapacité réelle à garantir l’application des résolutions adoptées. Entre insécurité persistante, pressions politiques internes et influences internationales, les décisions issues de ces assises semblent confrontées à des obstacles majeurs qui pourraient compromettre leur mise en œuvre effective à l’approche du 7 février 2026.

Une initiative revendiquée comme nationale

Selon le Dr Buteau, le dialogue inter-haïtien avait pour objectif fondamental de permettre aux Haïtiens de construire eux-mêmes une solution politique à la crise actuelle. « Le dialogue vise à trouver une initiative entre nous, Haïtiens, afin de gérer la succession politique », explique-t-il.

Les travaux ont consisté à faire la synthèse des propositions émanant de différents secteurs politiques et sociaux, la formule la plus consensuelle ayant finalement été retenue. Le processus se voulait inclusif, sans volonté affichée d’exclusion, la participation élargie étant perçue comme un facteur clé de réussite.

Cependant, certains participants estiment qu’une partie de la presse a contribué à banaliser l’importance de ces assises, alimentant ainsi un climat de doute quant à leur crédibilité.

La proposition d’un exécutif bicéphale

Parmi les principales recommandations figure la mise en place d’un exécutif bicéphale articulé autour d’un Collège présidentiel de trois membres — issus respectivement du CPT, de la Cour de cassation et de la société civile — ainsi que d’un chef de gouvernement chargé de la gestion quotidienne.

Pour le Dr Buteau, ce modèle pourrait offrir une certaine stabilité institutionnelle dans un contexte politique fragmenté, même s’il précise ne pas être un défenseur inconditionnel de cette formule. Cette position reflète les divergences persistantes sur le rôle de certaines institutions, notamment la Cour de cassation.

Des obstacles structurels à l’application des décisions

La question sécuritaire apparaît comme l’un des principaux freins. Le Dr Buteau reconnaît que la situation actuelle « peut compromettre l’application des résolutions », l’insécurité limitant la capacité des institutions à fonctionner normalement.

Par ailleurs, plusieurs acteurs évoquent l’influence persistante de la communauté internationale dans les dynamiques politiques haïtiennes. Le politologue souligne également l’existence d’un « matraquage médiatique » contre le CPT qui, selon lui, a contribué à fragiliser la perception publique du processus, même s’il affirme ne pas défendre personnellement cette structure.

Une passation de pouvoir encore incertaine

Concernant la transition autour du 7 février 2026, certaines pistes ont été discutées lors des assises. Un éventuel départ du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé aurait été envisagé comme première étape, suivi de la désignation d’un exécutif présidentiel sous forme de collège.

Contrairement aux processus classiques, cette désignation ne devait pas reposer sur des candidatures formelles mais sur des critères établis afin d’identifier des profils capables d’assurer une certaine stabilité politique. Une méthode qui, si elle vise à limiter les rivalités partisanes, soulève néanmoins des interrogations sur la légitimité démocratique.

Entre ambition politique et réalité du terrain

Le dialogue inter-haïtien traduit indéniablement une volonté d’appropriation nationale de la gestion de la crise politique. Toutefois, l’écart entre les résolutions adoptées et leur possible application reste considérable.

À l’approche du 7 février 2026, plusieurs inconnues persistent :
la capacité des acteurs politiques à construire un consensus réel,
l’évolution du contexte sécuritaire,
l’attitude des partenaires internationaux
et l’adhésion populaire aux solutions proposées.

Autant de facteurs qui pourraient déterminer si ce dialogue restera une initiative symbolique ou s’il parviendra réellement à infléchir le cours de la transition politique en Haïti.


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