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Par Jean Wesley Pierre

Riyad – Donald Trump a entamé ce mardi 13 mai 2025 une visite stratégique en Arabie saoudite, première étape d’une tournée au Moyen-Orient placée sous le signe de l’investissement et du réengagement américain dans le Golfe. Officiellement, le président américain participe à un forum américano-saoudien consacré à l’économie de demain. Officieusement, il s’agit d’un retour aux fondamentaux trumpiens : business, influence et realpolitik.

Censée marquer le coup d’envoi du second mandat de Trump sur la scène internationale, cette visite intervient finalement après un détour diplomatique par Rome, motivé par le décès du pape François. À Riyad, le président américain a été accueilli par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), devenu au fil des années l’un de ses partenaires les plus constants sur la scène internationale.

Au cœur des discussions : une promesse d’investissement colossale. MBS a réaffirmé son engagement d’injecter 600 milliards de dollars dans l’économie américaine sur quatre ans, une somme spectaculaire, mais que de nombreux analystes jugent irréaliste. La baisse continue des cours du pétrole, accentuée par la guerre tarifaire initiée par Trump lui-même durant son premier mandat, fragilise la capacité d’investissement du royaume.

Le forum qui accompagne cette visite réunit les poids lourds du capitalisme américain : Larry Fink (BlackRock), Jane Fraser (Citigroup), Stephen Schwarzman (Blackstone), ou encore Arvind Krishna (IBM). Leur présence illustre l’ampleur des enjeux économiques et technologiques que le Golfe ambitionne de partager avec les États-Unis.

L’Arabie saoudite mise sur cette rencontre pour faire avancer son ambitieux programme Vision 2030, qui vise à sortir le pays de sa dépendance au pétrole. Riyad espère attirer plus de 100 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) par an d’ici la fin de la décennie, en misant sur des secteurs émergents : tourisme, technologies, divertissement, IA, et exploitation minière.

Trump, fidèle à sa doctrine du « deal », a d’ores et déjà facilité les choses. La semaine dernière, il a levé plusieurs restrictions sur les exportations de semi-conducteurs américains vers des pays tiers, dont l’Arabie saoudite, brisant ainsi une politique instaurée par Joe Biden pour freiner indirectement l’accès de la Chine aux technologies américaines.

Les Saoudiens espèrent aussi tirer avantage de la proximité de Trump pour renforcer leur arsenal militaire. Le président américain a signé un décret visant à assouplir les règles encadrant les exportations d’équipements militaires vers des pays alliés. Une décision saluée à Riyad, dans un contexte régional tendu, notamment face à l’Iran et aux incertitudes persistantes autour des accords nucléaires.

Mais ce rapprochement ne va pas sans controverse. Aux États-Unis, l’opposition démocrate dénonce une « diplomatie du chèque » contraire aux principes républicains. Certains élus évoquent même une possible violation de la Constitution américaine, qui interdit aux représentants de recevoir des « émoluments » autrement dit des cadeaux ou avantages, de la part de puissances étrangères.

Cette visite réaffirme la vision trumpienne des relations internationales : celles-ci se résument à des transactions où intérêts économiques, prestige personnel et influence politique s’entremêlent sans complexe. En privilégiant Riyad pour sa première grande tournée diplomatique, Donald Trump remet l’Arabie saoudite au centre de son jeu stratégique tout en reléguant les enjeux des droits humains, de la liberté de la presse ou de l’équilibre régional au second plan.

Reste à savoir si ces accords donneront des résultats tangibles. Car malgré les promesses d’investissement et les poignées de main, les défis intérieurs saoudiens – bureaucratie, dépendance aux hydrocarbures, libertés publiques limitées – risquent de ralentir la concrétisation du rêve de MBS. Et avec une opposition américaine vigilante, la lune de miel américano-saoudienne pourrait vite se transformer en champ de bataille politique à Washington.

Catégories : Internationale

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