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Par Jean Wesley Pierre

Port-au-Prince, 9 mai 2025 – Un nouveau scandale de corruption éclabousse les institutions publiques haïtiennes. L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) a remis le jeudi 8 mai 2025, un rapport accablant à la justice révélant un vaste réseau de fraude dans la fabrication de passeports. Au cœur du système : l’ex-directeur de la Direction de l’Immigration et de l’Émigration (DIE), Stéphane Vincent, en poste durant le gouvernement de transition dirigé par le Dr Garry Conille.

Selon les révélations de l’ULCC (Unité de Lutte Contre la Corruption), entre septembre et novembre 2024, alors que la Direction Générale des Impôts (DGI) était paralysée par une grève, plus de 34 000 passeports ont été imprimés à la DIE. Sur un échantillon de 736 documents analysés, 556 comportaient de faux timbres fiscaux, privant ainsi l’État haïtien de précieuses ressources. Ces passeports frauduleux ont été générés via un faux compte administratif créé au nom d’un certain Fernando Victor, mais lié au système personnel de Stéphane Vincent.

Les faits révèlent un mode opératoire bien huilé, impliquant plusieurs responsables de centres de réception et de livraison de documents d’identité (CRLDI). Lesly Saint-Juste (CRLDI de la SONAPI), Mariantha Méroné et Rubens Pauléon (anciens responsables du CRLDI de Pétion-Ville, Sainte-Thérèse) sont également cités dans le rapport pour leur rôle présumé dans l’acheminement de dossiers frauduleux. Tous sont accusés de détournement de biens publics, abus de fonction et association de malfaiteurs.

Ce dossier met en lumière deux failles structurelles majeures : l’absence d’un contrôle rigoureux en temps de crise (comme la grève de la DGI) et la vulnérabilité des systèmes informatiques à des manipulations internes. La fraude n’a pas été le fait d’un pirate extérieur, mais bien d’un haut responsable censé incarner l’intégrité du système migratoire haïtien.

L’ULCC appelle désormais la justice à prendre ses responsabilités en mettant en mouvement l’action publique contre les personnes impliquées. Ce rapport constitue une preuve solide que la corruption n’est pas un phénomène diffus et abstrait, mais un système structuré, opérant avec des complicités internes à tous les niveaux.

L’enjeu dépasse la simple sanction pénale : il s’agit de restaurer la crédibilité de l’État haïtien dans la gestion de l’identité nationale, enjeu stratégique pour la sécurité, la souveraineté, et la mobilité internationale des citoyens.

Les prochaines semaines seront décisives. La justice osera-t-elle faire face à ces puissants réseaux ou assisterons-nous, encore une fois, à une opération d’étouffement typique des scandales administratifs en Haïti ?

L’impunité est le plus grand carburant de la corruption. L’heure est venue de prouver que nul n’est au-dessus des lois.

Photo de Stéphane Vincent.

Catégories : Atualités

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