Par Jean Wesley Pierre
Gaza, 2 mai 2025 — Deux mois de blocus total. Deux mois sans vivres, sans médicaments, sans eau potable. Deux mois d’attente, de mort lente, de frappes aériennes incessantes. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme : les opérations humanitaires dans la bande de Gaza sont “au bord de l’effondrement total”. Un avertissement grave, mais qui semble une fois de plus se heurter à l’indifférence générale.
Depuis l’attaque du 7 octobre 2023 menée par le Hamas, qui contrôle Gaza, Israël impose un blocus d’une sévérité inédite, refusant toute aide humanitaire tant que les otages israéliens ne sont pas libérés. Le droit international humanitaire, pourtant clair sur l’obligation de protéger les civils même en temps de guerre, est mis entre parenthèses.
Vendredi encore, la Défense civile de Gaza faisait état de 29 morts dans de nouvelles frappes israéliennes. Des familles entières ensevelies sous les décombres, des enfants dénutris, des hôpitaux à l’arrêt. « C’est une punition collective », dénonce Maître Samir Benyahia, juriste international et militant des droits humains. « Refuser l’entrée d’aide humanitaire pour faire pression sur une organisation armée, c’est prendre en otage toute une population. C’est contraire à la Quatrième Convention de Genève. C’est, disons-le clairement, un crime de guerre. »
Face à cette situation, les grandes puissances, dont la France, les États-Unis et l’Union européenne, se contentent de communiqués sans effet. Quelques convois sont annoncés, très rarement autorisés à passer. Une aide symbolique, incapable de répondre aux besoins élémentaires de 2,3 millions de personnes assiégées.
« Il ne peut y avoir deux poids, deux mesures en matière de droits humains », insiste Maître Benyahia. « L’indignation ne peut pas être sélective. On ne peut pas défendre la vie des civils ukrainiens tout en fermant les yeux sur l’agonie des Palestiniens. »
Les ONG sur le terrain, comme Médecins Sans Frontières et le Programme alimentaire mondial, parlent d’un effondrement imminent : plus de carburant pour faire tourner les hôpitaux, plus de farine dans les boulangeries, plus d’eau potable. Les civils, déjà marqués par des décennies de blocus, vivent désormais dans des conditions qui rappellent les pires heures de l’histoire contemporaine.
Il ne suffit plus de compatir, il faut agir. Demander un cessez-le-feu. Exiger l’ouverture immédiate de couloirs humanitaires. Faire pression sur Israël pour qu’il respecte ses obligations internationales. Et appeler le Hamas à libérer tous les otages sans conditions.
L’histoire jugera notre silence. Et elle se souviendra que, pendant que Gaza s’effondrait, les chancelleries occidentales débattaient encore de « proportionnalité » des frappes, oubliant que la première des justices est celle du droit à vivre.

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