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Assassinat de Jovenel Moïse : les incohérences du témoignage de Martine Moïse au cœur du procès de Miami

Par la rédaction de Lawouze Infos

Miami/Port-au-Prince, 25 mars 2026 – Près de cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, le procès fédéral qui se tient à Miami continue de révéler des failles dans la construction du dossier d’accusation. Cette semaine, l’attention s’est portée sur un élément central : les contradictions relevées dans les déclarations de Martine Moïse, veuve de l’ancien chef de l’État et seule témoin oculaire survivante de la nuit du 7 juillet 2021.

Blessée par balles lors de l’attaque menée à sa résidence privée de Pèlerin 5, l’ancienne Première dame avait livré un premier récit aux agents du FBI dans les heures suivant le drame. Selon ce témoignage, elle aurait mis ses enfants en sécurité dans la salle de bain du rez-de-chaussée avant de se cacher avec son mari sous le lit de la chambre principale, leurs jambes dépassant de l’armature. Mais devant le tribunal fédéral, sa version a évolué : elle a affirmé être descendue à quatre pattes pour vérifier l’état des enfants, les avoir trouvés dans la chambre de son fils, puis les avoir placés dans une salle de bain sans fenêtre avec le chien de la famille, avant de remonter retrouver son mari.

L’avocat de la défense, David Howard, n’a pas manqué de pointer ces écarts. En interrogeant Ryan Bonura, l’agent du FBI ayant recueilli le témoignage initial, il a cherché à établir que la version aujourd’hui présentée par l’accusation s’éloigne des premières déclarations de la plaignante. Les détails comptent : la position exacte des époux sous le lit, le parcours des enfants, la vérification des pièces par les assaillants. Sur ce dernier point, Bonura a confirmé que Martine Moïse avait mentionné que les hommes armés — d’anciens soldats colombiens accompagnés de policiers haïtiens — avaient « vérifié les toilettes » sans toutefois ouvrir la salle de bain où se trouvaient ses enfants.

Ces incohérences, si elles peuvent paraître mineures, revêtent une importance capitale dans un procès où la crédibilité du témoin central est mise à l’épreuve. La défense, qui soutient que Jovenel Moïse aurait déjà été tué par ses propres agents et responsables gouvernementaux avant l’arrivée des commandos colombiens, exploite ces écarts pour semer le doute dans l’esprit du jury.

L’accusation, de son côté, s’appuie sur un arsenal de preuves substantiel. Des centaines de pages de documents, 20 téléphones portables analysés, des messages lus à voix haute au tribunal, ainsi qu’une expertise numérique détaillée visent à démontrer que l’assassinat s’inscrivait dans un complot ourdi depuis la Floride, destiné à prendre le contrôle politique d’Haïti et à obtenir des contrats lucratifs.

Cinq accusés sont jugés dans ce volet du procès : Arcángel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, James Solages, Walter Veintemilla, tandis que Christian Emmanuel Sanon fait l’objet d’une procédure distincte pour raisons de santé. La présence parmi les accusés d’anciens informateurs du FBI et de la DEA ajoute une couche de complexité à une affaire déjà tentaculaire.

La juge fédérale Jacqueline Becerra a récemment exhorté les parties à accélérer la présentation des preuves, soucieuse de maintenir l’attention du jury face à la densité du dossier. Une injonction qui traduit la difficulté de rendre intelligible, dans le cadre strict d’un procès, une affaire où se mêlent géopolitique régionale, défaillances de l’État haïtien et réseaux criminels transnationaux.

Au-delà des verdicts qui seront rendus, ce procès soulève une question plus large : celle de la capacité des institutions judiciaires, américaines comme haïtiennes, à faire émerger une vérité cohérente dans un dossier où les versions divergent, où les acteurs sont multiples et où les responsabilités semblent se diluer à chaque niveau de l’enquête.

Catégories : Enquête

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