Par Jean Wesley Pierre
Port-au-Prince, 22 avril 2025
Dimanche 20 avril, trois soldats haïtiens sont tombés sous les balles à Kenscoff. Trois vies sacrifiées dans une bataille asymétrique contre des groupes armés qui imposent depuis trop longtemps leur loi sur le territoire national. Le communiqué de la Primature, sobre et solennel, s’incline devant leur mémoire, promet la mobilisation de l’État et jure que « cette bataille, nous la gagnerons ». Mais les mots peuvent-ils encore masquer l’échec cuisant de l’appareil étatique haïtien face à l’insécurité rampante ?
Depuis des mois, les gangs opèrent en toute impunité dans le département de l’ouest, dans l’Artibonite, et désormais jusqu’aux zones montagneuses comme Kenscoff et dans le département du Centre. Meurtres, viols, enlèvements, trafics : l’État est spectateur, parfois complice par son silence ou son inaction. Pendant ce temps, des milliers de familles fuient, des enfants cessent d’aller à l’école, des mères pleurent, des institutions éducatives sont prises d’assaut pour servir d’abris aux déplacés et des militaires tombent.
Alors que les institutions se désagrègent, où sont les membres du Conseil présidentiel de transition ? Où est le président Fritz Alphonse Jean ? Le premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ? Où sont les décisions audacieuses et les signaux forts que le peuple attend ? Le gouvernement multiplie les communiqués, mais reste enfermé dans une rhétorique creuse, incapable de déployer une réponse sécuritaire cohérente, rapide et efficace. Les nominations au sein de la Police nationale comme celle du Commissaire Serge Allan Joliceour dans le Sud ne sont que des pansements sur une hémorragie.
Et que dire du Conseil présidentiel, censé incarner un renouveau démocratique ? Son silence sur les violences sexuelles massives perpétrées par les gangs est assourdissant. Alors que la communauté internationale tire la sonnette d’alarme, comme l’a encore fait Isabel Salvador du BINUH devant le Conseil de sécurité de l’ONU, les dirigeants haïtiens temporisent, manœuvrent, se disputent des postes, pendant que le pays s’effondre.
Les jeunes haïtiens grandissent dans une guerre qu’ils n’ont pas choisie. Dans les quartiers comme Martissant ou aux Côteaux, des ONG comme l’IPCHR tentent d’offrir des alternatives, centres de réhabilitation, formations, soutien psychologique. Mais ce ne sont pas les ONG qui ont le mandat de défendre la souveraineté d’un État. C’est à la nation de se lever, guidée par ses dirigeants, par ses leaders. Or, aujourd’hui, ceux-ci brillent par leur absence et leur incompétence.
Il est grand temps d’appeler les choses par leur nom : Haïti est en guerre. Une guerre contre les gangs, mais aussi contre la corruption, l’indifférence et la lâcheté politique. Contre cette politique de résilience forcée, de “Wete kò’w banm, met pa’m”, contre cette lutte incessante pour le pouvoir sans y avoir un programme, contre des dirigeants dans valeurs morales. Nos héros tombent, pendant que certains se contentent de discours.
Jusqu’à quand le peuple haïtien devra-t-il payer le prix de l’inaction ? De l’incompétence des dirigeants?

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