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Par la rédaction de Lawouze Infos

À moins d’un mois de l’échéance du 7 février 2026, date marquant la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Haïti se retrouve une nouvelle fois suspendue au fil fragile de l’improvisation politique. L’annonce faite ce samedi 10 janvier 2026 par Mgr Pierre André Dumas vient confirmer une réalité inquiétante : les acteurs censés diriger la transition ont échoué à préparer l’après-CPT.

Le prélat a révélé avoir été officiellement sollicité par une quinzaine de coalitions issues des secteurs politique, économique et de la société civile, avec l’appui d’institutions internationales telles que la CARICOM, l’OEA et le BINUH, pour conduire une médiation nationale. Objectif affiché : arracher un consensus de dernière minute afin d’éviter le vide institutionnel annoncé.

Cette initiative, aussi louable soit-elle dans son intention, pose une question fondamentale : comment un pays peut-il prétendre à la souveraineté politique lorsque son avenir institutionnel repose, une fois encore, sur une médiation d’urgence, soutenue et encadrée par des acteurs internationaux ?

Une transition sans boussole

L’article 12.1 de l’Accord du 4 avril 2024 était clair. La transition avait une durée définie, une feuille de route précise et des responsabilités connues. Pourtant, à l’approche de son terme, aucun mécanisme crédible de succession n’a été formellement établi. Le CPT, censé incarner la rupture avec les pratiques d’improvisation et de gouvernance par crise, semble avoir reproduit les mêmes errements que les régimes précédents.
La sollicitation de Mgr Dumas apparaît ainsi moins comme une initiative proactive que comme un aveu collectif d’échec des élites politiques, incapables d’assumer leurs responsabilités historiques.

L’Église appelée à combler le vide de l’État

Que l’on sollicite un évêque en convalescence pour prévenir le chaos national est révélateur de l’état de délabrement institutionnel du pays. L’Église, respectée pour son rôle moral et social, se voit une fois de plus appelée à jouer le rôle d’arbitre là où l’État a failli.

Si Mgr Pierre André Dumas a accepté cette mission au nom de l’intérêt supérieur de la nation, il n’en demeure pas moins préoccupant que la stabilité du pays repose sur la bonne volonté de figures morales plutôt que sur des institutions solides, légitimes et fonctionnelles.

Une médiation sous tutelle internationale ?

La présence active de la CARICOM, de l’OEA et du BINUH dans cette démarche soulève également des interrogations légitimes. Haïti peut-elle encore décider seule de son avenir politique ? Ou assiste-t-on à une nouvelle séquence de transition sous supervision internationale, où les décisions majeures se prennent en dehors du peuple haïtien ?

La paix institutionnelle ne peut être durable si elle est négociée dans des salons fermés, entre coalitions politiques discréditées et partenaires étrangers, sans une participation réelle et transparente de la population.

L’urgence d’un sursaut citoyen

Le débat ne doit pas se limiter à savoir qui remplacera le CPT après le 7 février. La véritable question est au service de qui sera la prochaine gouvernance : du peuple haïtien ou des intérêts politiques et économiques qui se recyclent à chaque transition ?

La médiation annoncée ne peut réussir que si elle rompt avec les accords de façade, les compromis opaques et les arrangements entre élites. Sans cela, elle ne fera que repousser l’inévitable, au prix de nouvelles désillusions populaires.

À l’heure où Haïti vacille une fois de plus au bord du vide institutionnel, le pays n’a pas besoin d’un simple consensus de survie, mais d’un choix politique courageux, ancré dans la souveraineté, la justice et la participation citoyenne réelle.


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