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Par la rédaction de Lawouze Infos

La visite officielle du Président du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Laurent Saint-Cyr, accompagné du Premier ministre contesté Alix Didier Fils-Aimé et du directeur général de la PNH ce mardi 27 janvier 2026, à la base de la Force de Répression des Gangs (FRG), se voulait un signal fort : celui d’un État debout face à la violence armée. Mais derrière les images protocolaires, les discours de fermeté et les promesses de victoire contre l’insécurité, une réalité plus sombre persiste : Haïti affronte non seulement des gangs surarmés, mais aussi une crise aiguë de gouvernance et de légitimité politique.

Sur le terrain, la situation reste alarmante. Les échanges de tirs au centre-ville de Port-au-Prince, l’usage de drones explosifs, les rues barricadées par des conteneurs, les marchés désertés et la peur omniprésente témoignent d’un pays où la sécurité est devenue un luxe. Au Champ de Mars, les rares marchandes qui continuent d’y vendre le font par nécessité vitale, au péril de leur vie. « Je viens vendre parce que c’est la seule chose que j’ai », confie l’une d’elles, avant d’implorer l’État de « prendre ses responsabilités ». Ce cri n’est pas isolé : il est celui d’une population abandonnée.

Dans ce contexte, les opérations policières ayant conduit à la neutralisation de plusieurs présumés bandits et à la saisie d’armes de guerre sont certes des avancées ponctuelles. Mais elles ne sauraient masquer l’essentiel : l’insécurité en Haïti n’est pas seulement un problème sécuritaire, elle est le symptôme d’un État affaibli, fragmenté et contesté de l’intérieur.

La crise politique actuelle aggrave dangereusement la situation. Alors que le Conseil Présidentiel de Transition a voté, à la majorité, la révocation du Premier ministre, ce dernier continue d’agir comme chef du gouvernement, avec l’appui du coordonnateur du CPT. Cette confusion institutionnelle, dénoncée jusque dans des correspondances officielles, fragilise l’autorité de l’État et envoie un message désastreux : celui d’un pouvoir incapable de respecter ses propres règles.

À cela s’ajoute la pression internationale. Le communiqué de l’ambassade américaine annonçant des restrictions de visas contre des membres du CPT soupçonnés de soutenir les gangs rappelle une évidence dérangeante : la violence armée prospère aussi grâce à des complicités politiques et économiques. Sans une rupture claire avec ces pratiques, aucune force, aussi équipée soit-elle, ne pourra durablement rétablir la sécurité.

Être militant du bien-être collectif aujourd’hui en Haïti, c’est refuser les solutions de façade. La sécurité ne se décrète pas par des visites symboliques ou des discours martiaux. Elle exige un leadership légitime, une gouvernance cohérente, une justice fonctionnelle et un engagement réel en faveur des plus vulnérables : marchandes, travailleurs informels, familles déplacées.

Sans clarification politique, sans respect de la volonté majoritaire au sein des institutions de transition et sans lutte frontale contre les collusions entre pouvoir et criminalité, la guerre contre les gangs restera incomplète. La sécurité est un droit collectif. La garantir est une obligation morale et politique. Et l’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré préserver leurs positions plutôt que la vie et la dignité du peuple haïtien.

Catégories : AtualitésOpinion

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