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Quand le gouvernement nous propose une grande propagande sans actions concrètes

Par la rédaction de Lawouze Infos

Port-au-Prince, 20 mars 2026 —
Sur les réseaux sociaux, le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé est partout. Chaque réunion, chaque visite de terrain, chaque annonce mineure fait l’objet d’un communiqué soigneusement mis en scène. Pourtant, derrière cette vitrine numérique bien huilée, les critiques se multiplient sur le manque criant de transparence et l’absence de résultats concrets face aux priorités urgentes de la population haïtienne.

Une communication stratégique qui interroge

Chaque mardi, la Primature organise une rencontre avec les médias. Mais selon Denel Sainton, journaliste de Radio TV Caraïbes, ces séances n’ont de “rencontre” que le nom : les ministres y partagent des informations basiques sur les activités officielles, sans jamais tenir de conférence de presse ni répondre aux questions des journalistes. “Je n’appellerais pas cela de l’information, plutôt de la propagande”, a-t-il confié au Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

Cette stratégie de communication, axée sur la mise en avant de chaque micro-initiative, contraste violemment avec le silence gouvernemental face aux tragédies nationales. Le Nouvelliste, principal quotidien du pays, a dénoncé “le silence des autorités face aux tragédies quotidiennes des Haïtiens”, y voyant le signe d’un “détachement du pouvoir par rapport à la réalité”.

Dans une lettre adressée au Premier ministre en décembre dernier, le Protecteur du citoyen, Jean Wilner Morin, a lui-même interpellé le gouvernement sur sa passivité après le massacre de Pont-Sondé, dans l’Artibonite, où des gangs ont semé la terreur sans réaction notable des autorités.

Des contrats controversés révélés par la société civile

Pendant que l’exécutif soigne son image, des documents rendus publics par l’organisation de défense des droits humains Fondasyon Je Klere (FJKL) révèlent l’existence de contrats dont l’opacité interroge sur la gestion des deniers publics.

En mars 2026, la FJKL a publié un rapport accablant sur trois accords signés sous l’administration Fils-Aimé, totalisant plus d’une centaine de millions de dollars. Ces contrats concernent la construction de prisons, des opérations de sécurité, et la gestion de la frontière haïtiano-dominicaine — autant de secteurs traditionnellement dévolus à l’État.

Parmi ces accords, un contrat de 85,4 millions de dollars pour la construction de trois prisons sur 50 ans avec Metric Correctional Facility S.A. pourrait, selon Samuel Madistin, directeur de la FJKL, coûter plus de 6 milliards de dollars au pays sur la durée, notamment en raison d’une clause garantissant à l’entreprise une occupation minimale de 75 % des établissements.

Autre dossier épinglé : un appui financier de l’État à l’Université Quisqueya. La FJKL dénonce ce qu’elle qualifie de “banalisation de l’obligation de reddition de comptes”, l’université privée n’ayant fourni aucun document justifiant le caractère régulier de cette transaction. L’organisation demande à l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) d’enquêter sur ce qui s’apparente, selon elle, à du “copinage ou du clientélisme politique” .

Contactés par les médias locaux, les responsables gouvernementaux n’ont pas répondu aux demandes d’information, invoquant la nécessité de maintenir la confidentialité sur ces accords.

Une transparence en trompe-l’œil

Pourtant, le Premier ministre ne cesse de répéter son attachement à la “gouvernance rigoureuse, transparente et résolument tournée vers les résultats”. Le 7 mars, il réunissait ses ministres pour les sensibiliser “aux exigences institutionnelles encadrant la passation des marchés publics”.

Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Haïti reste classé 16e pays le plus corrompu au monde par Transparency International.

Catégories : Politique

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