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Par la rédaction de Lawouze Info

Le gouvernement a lancé ce lundi 15 juin 2026, via le (MPCE) Ministère de Planification et de la Coopération Externe, un programme de renforcement des capacités des Unités d’Études et de Programmation (UEP) en étroite collaboration avec CTPEA. Sur le papier, l’initiative fait sens : améliorer l’analyse, la planification, le suivi et l’évaluation des politiques publiques. Dans la réalité haïtienne, où les UEP vivent depuis des années en état de survie bureaucratique, ce nouveau programme risque de se heurter à des murs bien plus solides que ceux de la salle de formation.

Des UEP : fantômes techniques ou véritables leviers ?

Créées pour être les cerveaux techniques des ministères, les UEP sont souvent réduites à l’état de simples guichets administratifs. Sous-effectif chronique, rotation accélérée des cadres, faiblesse des salaires, absence d’outils numériques… Ajoutons à cela un manque criant d’autorité réelle : dans la plupart des ministères, les UEP n’ont aucun pouvoir de validation sur les projets qui leur sont soumis. Un directeur d’UEP peut produire la meilleure analyse du monde ; si son ministre a promis une route à une circonscription électorale, le projet passera quand même, maturité technique ou pas.

Le nouveau programme promet de former les cadres aux méthodes de gestion axée sur les résultats. C’est louable. Mais former des gens sans réformer les mécanismes de décision, c’est comme apprendre à nager à quelqu’un qu’on attache au fond de l’eau. La culture du résultat ne s’improvise pas dans un État où la reddition de comptes reste largement théorique.

La malédiction des cycles électoraux et des transitions

Un autre écueil structurel : la discontinuité politique. Haïti vit au rythme des changements de gouvernement, des crises institutionnelles et des remaniements. Un programme de renforcement des capacités lancé aujourd’hui sera-t-il encore une priorité dans six mois ? Les UEP ont vu défiler des dizaines de projets de modernisation, d’ateliers de formation, de manuels de procédures – tous abandonnés après chaque vacance de pouvoir. L’absence d’une véritable fonction publique de carrière, protégée des aléas politiques, condamne la plupart de ces initiatives à une mort précoce.

Le communiqué officiel évoque la « confiance entre l’État et les citoyens ». Belle formule. Mais pour qu’un citoyen ordinaire ait confiance, il faut que les projets publics sortent de terre, que les routes se réparent, que les écoles s’ouvrent. Or, le taux d’exécution des investissements publics en Haïti dépasse rarement 50 %. Ce n’est pas faute de plans ; c’est faute de capacité réelle à transformer les ressources en réalisations concrètes. Les UEP, même sur-formées, ne pourront rien si la chaîne des dépenses publiques reste bloquée par des procédures obsolètes, des contrôles a priori paralysants, et une corruption endémique.

Le silence sur les moyens tangibles

Le communiqué ne mentionne aucun budget alloué au programme, aucun partenaire technique, aucune échéance contraignante. Les agents des UEP verront-ils leur statut revalorisé ? AURONT-ILS DES ORDINATEURS, UN ACCÈS À INTERNET, DES LOGICIELS DE SUIVI DE PROJETS ? À trop insister sur la « formation », on oublie souvent que les UEP manquent d’abord de moyens matériels de base. Un cadre formé à l’évaluation sans base de données ni indicateurs vérifiables reste un cadre les mains vides.

Par ailleurs, le programme semble ignorer un acteur clé : les collectivités territoriales. La décentralisation théorique n’a jamais vraiment eu lieu, et les UEP ministérielles concentrent l’essentiel des capacités au niveau central. Résultat : les projets locaux sont mal identifiés, mal programmés, et souvent inadaptés aux réalités de terrain. Un véritable renforcement des capacités aurait dû inclure les directions départementales et les mairies. Silence radio.

Une fenêtre d’opportunité, à ne pas gâcher

Ceci dit, ce programme arrive à un moment où le gouvernement actuel affiche une volonté de planification – avec le PNSREST, les rectificatifs budgétaires, etc. Il existe une fenêtre politique. L’expertise internationale est disponible. La coopération argentine, entre autres, s’est dite prête à former des professionnels. Mais cette fenêtre se refermera vite si les résultats tardent.

Le véritable test sera dans un an : combien de projets réellement évalués ? Combien d’UEP capables de produire des indicateurs objectifs ? Combien de ministères ayant modifié leur programmation sur la base d’un avis technique défavorable ? Si ces questions restent sans réponse, alors ce 15 juin 2026 n’aura été qu’un énième lancement protocolaire.

Former, oui. Mais donner le pouvoir d’agir.

Renforcer les UEP est indispensable. Mais sans réforme concomitante de la chaîne de la dépense, sans indépendance technique, sans stabilisation des carrières, sans moyens numériques, ce programme ne sera qu’une rustine sur une artère sectionnée. Les citoyens haïtiens n’ont pas besoin de cadres mieux formés pour produire des rapports qui finissent dans des tiroirs. Ils ont besoin d’écoles, de routes, de dispensaires. Les UEP doivent devenir des instruments de pilotage, pas des vitrines de bonnes intentions.

À ce prix, on pourra peut-être, un jour, parler de véritable tournant. En attendant, l’expert que je suis reste sceptique, mais prêt à être démenti par les faits. L’histoire jugera.


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